En Haïti, école ou fast-food ?

En Haïti et particulièrement dans les zones rurales, ouvrir une école, c’est comme ouvrir un magasin. Ce phénomène croissant impacte tout le système éducatif haïtien. Tour d’horizon des principaux enjeux.

Et si votre éducation était assurée par une multinationale… En Haïti, pour des milliers d’élèves, ce n’est pas loin d’être une réalité.

 

  • 9 écoles sur 10 privées en Haïti

En Haïti, plus de 90% des écoles sont privées : religieuses, communautaire ou bien simplement à but lucratif. Faire du business avec l’éducation des élèves, c’est l’objectif de nombreux acteurs privés. En Haïti, ces écoles « low cost » portent même un nom : les « écoles borlette », ce qui signifie « écoles loterie ».

 

  • La qualité de l’éducation en question

Dans ces établissements, n’importe qui peut s’improviser enseignant, et les conditions se révèlent souvent spartiates. Or, pour beaucoup de parents qui habitent des régions reculées où il n’y a pas d’école publique, ces écoles « low cost » peuvent être la seule alternative pour que leurs enfants accèdent à l’éducation. Et pour cela, ils sont prêts à payer des frais d’inscription démesurés par rapport à la qualité proposée. « Parfois, nous ne savons même pas ce qu’il se passe dans ces écoles et quel programme y est enseigné », déplore Mona Bernadel, secrétaire des affaires juridiques auprès du syndicat d’enseignants haïtiens, l’UNNOH.

 

  • Une profession d’enseignant dévalorisée

Pour les syndicats d’enseignants du pays, cet essor des écoles privées à but lucratif renforce le sentiment de dévalorisation. « Ces écoles ouvrent parce qu’il existe un besoin, explique Mona Bernadel. Il n’y a pas assez d’écoles publiques. L’Etat ne se préoccupe pas assez de la qualité de l’éducation. » Car en effet, à quoi bon offrir un salaire décent à des enseignants formés si n’importe qui peut enseigner avec ou sans diplôme ? En mai 2017, les syndicats d’enseignants ont multiplié les grèves pour que l’Etat reconnaisse davantage les droits des enseignants : droit à la protection sociale, droit à la formation, droit à une salaire décent. Le Ministre de l’Education avait alors annoncé en juin une hausse salariale de 20 à 30%. Des avancées pour les enseignants qui continuent de se battre.

 

  • Un combat mondial

La privatisation de l’éducation étant un phénomène mondial, les partenaires de Solidarité Laïque, syndicats d’enseignants et associations, participent au réseau francophone contre la marchandisation de l’éducation. « Cela permet de s’unir pour porter une seule voix et mener le plaidoyer à un niveau plus important », explique Mona Bernadel. Une première victoire a été la reconnaissance par 57 chefs d’état de la problématique de ce phénomène qui ne cesse de s’aggraver.  En octobre dernier à Dakar, la rencontre francophone sur la marchandisation de l’éducation a été le lieu de débat et plaidoyer pour une éducation publique de qualité. 105 délégués issus de 25 pays s’étaient réunis pour trouver des réponses communes face à la croissance alarmante des acteurs privés dans le secteur éducatif. Car, comme c’est le cas en Haïti, le développement de l’éducation privée se fait au détriment d’une éducation publique de qualité pour toutes et pour tous.

 

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