En Haïti, une formation professionnelle qui lutte contre les stéréotypes

Parmi les projets développés pour soutenir l’école publique en Haïti, celui des Gonaïves, dans le nord de l’île, est porteur de grands espoirs. Les 40 filles qui se forment aujourd’hui à des métiers « genrés » préparent non seulement leur avenir mais le changement des mentalités.

Tout a commencé par un appel à projets. L’Ecole Professionnelle des Gonaïves réservait  40 places à des jeunes filles intéressées par les métiers du bâtiment : électricité, réfrigération/climatisation, mécanique auto, construction. Cette idée a jailli du travail commun de plusieurs acteurs qui entendaient améliorer l’accès à une éducation de qualité pour tous et pour toutes : associations de femmes, syndicat enseignant, mairie et chambre de commerce.

 

« Nous avons conduit en amont une réflexion conjointe sur les bassins d’emploi avec la mairie et la chambre de commerce, explique Leandro Carignano, responsable à Solidarité Laïque de la zone Caraïbes-Amérique Latine. Ce fut l’occasion aussi de constater la difficulté pour les filles d’accéder à l’emploi et à l’autonomie. Décision a été prise de lutter contre  la vulnérabilité des femmes, leur marginalisation et leur exclusion de la vie sociale et économique. »

 

» Un an plus tard, ce sont donc 39 filles qui ont achevé leur première année de formation à ces « métiers d’homme », et une seule qui a décroché – mais a été acceptée pour un redoublement. Un succès dont peu de lycées en France peuvent se prévaloir et qui atteste de la pertinence de la formation et de l’engagement des jeunes étudiantes.

 

Pour Michelle Olivier, syndicaliste à la FSU investie dans le programme de Solidarité Laïque depuis 2014, « cette opportunité est double : pour les jeunes filles, c’est la possibilité de se préparer un avenir professionnel prometteur, et pour la société, c’est un appel au changement des mentalités ». Aussi, c’est en tant que femme qu’elle a encouragé ces jeunes filles. Luce se souvient encore de son message et des applaudissements enthousiastes qui l’ont salué : « Nous nous sommes rendu compte que nous ne travaillions pas seulement pour notre avenir mais aussi pour préparer celui de nos camarades. Nous ouvrons des chemins et, comme l’a souligné Michelle, nous sommes des pionnières. On n’en avait pas vraiment pris conscience, mais ça nous rend très fières, même si ce n’est qu’un début : ensuite, il faudra se battre pour obtenir le même salaire que les hommes. »

 

Mais chaque chose en son temps… En attendant la prochaine rentrée, les 40 jeunes filles se font les ambassadrices de leur école dans toute la région pour recruter la nouvelle promotion de la région. « Pour l’EPG, c’est indéniablement une réussite », se félicite le chef des travaux. Ces jeunes filles font des propositions qui changent le climat de l’école ; le nombre de filles dans les autres sections va aussi augmenter ; quand elles portent le T-shirt de l’EPG, cela donne une visibilité très positive à l’établissement. La chambre de Commerce s’est engagée à leur offrir une formation à l’entrepreneuriat, dès leur diplôme en poche,  afin qu’elles aient le choix entre le salariat ou la création de leur entreprise.  Et l’une d’elles de conclure, malicieusement : « Les garçons ont intérêt à bien tenir leur pantalon, sinon, c’est nous qui allons le porter ! »

 

Le programme PROCEDH se décline aujourd’hui autour de quatre territoires qui fédèrent la société civile et les pouvoirs publics en vue de définir des priorités pour améliorer l’accès à l’éducation de qualité et initier des dynamiques autour d’une vision commune de l’éducation.

En Haïti, 4 personnes sur 10 sont analphabètes , plus de 500 000 enfants ne sont pas du tout scolarisés et à peine  la moitié des enfants qui entrent en 1e année du primaire atteindront la 6e année (chiffres MENFP et UNICEF, juin 2017). Les premières victimes sont les filles : décrochage scolaire, harcèlement, priorité donnée aux frères pour  la scolarisation, conditions d’hygiène qui font obstacle à la fréquentation de l’école…

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