Les discriminations dans les yeux des enfants

Si les enfants sont bien souvent conscients des discriminations liées à l’apparence physique, moins perceptibles sont pour eux les discriminations liées aux lieux de vie et origines sociales. C’est ce que rapporte Blandine, chargée de mission éducation à la citoyenneté chez Solidarité Laïque.

Lutter contre le racisme, cela s’apprend dès le plus jeune âge ! Pour qu’enfants et jeunes deviennent des citoyens informés et responsables, Solidarité Laïque conçoit des outils pédagogiques et intervient auprès des classes dans le cadre de sa mission d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale. Ces animations sont parfois l’occasion pour nous aussi d’en savoir plus sur les inégalités, les discriminations et leur perception par les plus jeunes.

Blandine Maltese, en service civique chez Solidarité Laïque intervient auprès des élèves pour sensibiliser aux problématiques des droits de l’enfant, à la lutte contre le racisme et les discriminations et relate ses impressions.

 

Est-il facile d’aborder la question du racisme avec des élèves petits et grands ?

La notion de racisme est relativement compliquée à aborder avec les petits. Mais ils comprennent bien toutes les discriminations liées à des caractéristiques visibles.  On ne met pas forcément de mot sur ces différences faites au quotidien. Par exemple, dans le jeu « En avant vers la cité idéale », il y a des cartes de niveau 1 qui renvoient à des situations que l’on peut vivre en tant qu’enfant. C’est grâce à des mises situations concrètes que l’on va aborder ces thématiques.

 

Avec les plus âgés est-ce plus facile d’en parler ?

Pas toujours. On a parfois des réponses surprenantes. Par exemple, à la question « Est ce qu’une petite fille sourde peut aller à l’école avec les autres enfants ? », on a souvent eu la réponse : « Non, elle ne peut pas aller à l’école avec nous. Elle doit aller dans une école spéciale. » C’est à ce moment-là qu’on peut intervenir sur l’idée d’inclusion, d’exclusion en expliquant que bien sûr, elle peut aller à l’école mais qu’elle aura une aide en plus.

 

Quelles discriminations sont les moins perceptibles pour les enfants ?

Tout ce qui est relatif aux lieux de vie, aux origines sociales, ce n’est pas évident à aborder notamment sur les questions de précarité. Ils font quand même la différence entre « avoir le droit » et « pouvoir le faire ». Par exemple lorsque l’on leur pose la question : « Est-ce qu’un enfant pauvre et un enfant riche ont le droit de faire la même chose ? » Ils arrivent à comprendre qu’un enfant pauvre ne pourra pas forcément faire des activités en dehors de l’école. C’est en prenant l’exemple de ces situations assez basiques qui sont vécues qu’ils arrivent à plus comprendre les choses.

 

Est-ce qu’à travers leur regard tu as appris des choses sur les discriminations ?

J’ai appris des choses sur leur perception bien sûr. C’est un constat alarmant de voir qu’ils sont touchés très jeunes. Par exemple sur les inégalités filles-garçons, les filles ont conscience très jeunes qu’on les cantonne à un rôle. On a pu parler en classe des catalogues de jouet. Quand on leur parle du rôle assigné par les magazines aux garçons et aux filles, elles se sentent un peu attaquées « Oui mais nous on peut jouer au foot. On n’est pas obligés de jouer à la poupée ».

 

Quelles situations difficiles as-tu vécu ?

Très récemment, j’ai fait une intervention avec le jeu « En avant vers la cité idéale » autour de la thématique de lutte contre les discriminations dans des classes de CP CE1. Pour que ce soit plus dynamique, je les faisais lire à tour de rôle. Malheureusement, je me suis rendue compte qu’il y avait des enfants qui ne savaient pas lire ou écrire ou qui avaient un niveau très faible. En tant qu’animatrice on se rend alors compte des vraies disparités entre les territoires. Le même jour j’ai été confrontée à des élèves avec un handicap. Sur un jeu sur les discriminations, j’essayais de les faire tous participer, mais là malheureusement c’était compliqué. Les enfants sont très solidaires car ils essaient d’inclure. Mais dans le mouvement, dans les jeux on s’aperçoit que certains sont mis un peu de côté. C’est très frustrant en tant qu’animateur.

 

Par quoi passe la transformation des comportements ?

Si on pouvait faire des animations toute l’année dans une même classe, on verrait peut-être une progression. Si on veut un changement, il faut de toute évidence multiplier les animations pour sensibiliser. Cette sensibilisation peut être faite par le biais du jeu. Discuter, débattre de ces questions-là avec les camarades, les enseignants, en famille c’est le premier pas vers une prise de conscience et la transformation des comportements.

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