Privatiser l’éducation : quel est le problème ?

Depuis quelques années, on assiste à une expansion des écoles privées qui assument leur but lucratif. Si elles ne se valent certes pas toutes, un problème demeure : celui de la marchandisation de l’éducation, bien commun, droit fondamental. Panorama des conséquences…

Manque d’établissements dans certaines régions, sureffectifs ou mauvaises conditions de scolarisation dans d’autres : l’école publique comporte souvent des failles. Face à ce constat, certains, comme Solidarité Laïque et ses organisations membres, misent sur la formation des enseignants, la structuration de la gouvernance, la concertation avec les pouvoirs publics, afin d’améliorer le système public. D’autres, investisseurs privés ou multinationales, par exemple, ouvrent des écoles privées, notamment des écoles dites à bas coûts. Le phénomène pourrait représenter une solution intéressante. Pourtant, privatiser l’éducation, c’est en faire un objet marchand. Et ce biais n’est pas sans conséquences.

Pour commencer, marchander l’éducation divise les riches des pauvres, les croyants des athées et marginalise les personnes en situation de handicap ou les minorités. Ce constat est partagé partout sur la planète et met à mal le projet de socialisation et de vivre-ensemble que défend l’école publique pour tous, qui se veut inclusive, ainsi que nous le défendons. Il s’agit là d’un problème de taille à l’heure où le repli identitaire et le communautarisme représentent plus que jamais une menace.

Au Sud, les écoles privées échappent de plus au contrôle de l’Etat : quels contenus y sont enseignés ? Dans bien des cas, parce qu’il faut convaincre de nouveaux « clients », on y enseigne que ce qui est mesurable : lire, écrire, compter, mais aussi du « par cœur ». Voilà qui questionne une fois de plus la notion même d’éducation, qui doit développer l’esprit critique et l’autonomie des individus. Pour cette raison, il est important d’associer les pouvoirs publics à la gouvernance éducative.

En ce qui concerne le développement de l’esprit critique, le phénomène des écoles à bas coût est particulièrement préoccupant. Entrepreneurs et multinationales y déploient des programmes de cours standardisés, importés du Nord. Richesse culturelle et adaptation aux élèves passent ainsi à la trappe. Pour rejoindre les équipes de ces écoles, pas besoin de diplômes : les enseignants reçoivent des formations express pour réciter le programme. Pour eux, ce sera ensuite salaire précaire souvent sans sécurité sociale voire sans contrat. Difficile, dans ces conditions, de garantir une éducation de qualité…

 

Pour aller plus loin, lisez notre tribune détaillée sur le blog de l’Agence française de développement !

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