« Jeunes des 2 Rives, c’est une école de la solidarité et de la laïcité en action »

Avec la pandémie, les voyages de solidarité internationale programmés ont dû être repoussés d’un an. Cela n’empêche pas l’association Khamsa, partenaire du programme Jeunes des 2 rives, d’avancer avec les jeunes du quartier de Vandoeuvre-les-Nancy. Interview de son Président, Abdellatif Mortajine.

Vous avez récemment rejoint le programme « Jeunes des 2 rives » (J2R) que pilote Solidarité Laïque.   Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Khamsa est une association issue de l’immigration marocaine qui lutte contre les injustices par la solidarité.  Nous intervenons dans un quartier populaire de Nancy où se côtoient de nombreuses nationalités, et notamment des familles d’origines turque et maghrébine.  Nous faisons du soutien scolaire et de l’aide à l’insertion professionnelle, et nous organisons des sorties théâtre et cinéma.

Les jeunes que nous accompagnons vivent douloureusement les injustices au quotidien, ils ont l’impression qu’ils en sont les seules victimes. Ces frustrations quotidiennes les amènent souvent à faire des raccourcis. Les « chantiers jeunes » que nous leur proposons depuis 20 ans sont un moment fort, une occasion pour eux de quitter leur quartier, et leur pays, en participant à une action solidaire la réhabilitation d’une école primaire rurale. C’est donc tout naturellement que nous avons rejoint « Jeunes des 2 Rives ».

 

Que leur apporte cette expérience ?

Il arrive que des jeunes nous disent à leur retour qu’ils n’avaient jamais mis les pieds dans le centre-ville de Nancy qui est à quelques pas de leurs quartiers de résidence….  Autant dire que quand ils reviennent d’un chantier à 3 000 km de chez eux dans les faubourgs d’un village perdu au fin fond du Maroc, ils ne voient plus le monde à travers les mêmes lunettes. Non seulement  ils ont été utiles mais le monde s’est ouvert à eux.

Ce temps-là est irremplaçable. lls découvrent des combats pour la justice qui se déroulent ailleurs et qu’ils ne soupçonnaient pas. Ils se décentrent et appréhendent d’un autre point de vue la complexité des choses, des rapports sociaux à l’échelle mondiale. Ils font aussi des rencontres qui les marqueront longtemps, amis de l’autre rive, mais aussi militants qui s’engagent au service des autres, citoyens qui refusent de renoncer et parfois remportent des victoires contre les injustices. C’est à ce titre que nous sommes convaincus que le programme Jeunes des 2 Rives est une école de la citoyenneté, de la solidarité et de la laïcité en action !

 

Justement, la laïcité est au cœur de votre projet éducatif. Qu’est-ce que pour vous « être laïque » ? Quel lien avec l’éducation ?

Je crois que c’est profondément le rôle de l’éducation que d’ouvrir les esprits, d’éduquer à la découverte d’autres façons de penser et de vivre, et de doter les enfants et les jeunes d’outils qui leur permettent ensuite de penser par eux-mêmes. C’est cela la véritable école de la laïcité : une expérience de l’ouverture qui transforme notre rapport au monde.

Pour nous, l’éducation est au cœur de tout projet social et doit apprendre la capacité à penser par soi-même, loin des embrigadements des extrémismes politiques ou religieux. La laïcité est ce principe fondateur qui permet de vivre ensemble avec nos différences : c’est très important, cette possibilité qui nous est donnée de croire ou de ne pas croire et qui va de pair avec la capacité d’accepter que l’autre ne partage pas le même point de vue et de pouvoir en débattre ! C’est la condition pour pouvoir transformer la société. Mais en tant que structure laïque et progressiste, il y a deux courants avec lesquels nous ne partageons rien et refusons le dialogue : l’extrémisme politique et l’extrémisme religieux qui tous deux conduisent au rejet de l’autre et à la haine. Là, c’est un non catégorique !

 

 

L’association Khamsa est membre du programme Jeunes des 2 Rives et adhérent de la Ligue de l’enseignement, dont plusieurs fédérations participent aussi au programme Jeunes des 2 Rives. En dehors du soutien scolaire, de l’accompagnement social, et des sorties culturelles, elle envoie chaque année entre 15 et 30 jeunes sur un chantier de solidarité internationale au Maroc. En 20 ans, 17 écoles publiques rurales ont ainsi pu être restaurées (électrification, raccordement à l’eau courante, isolation…) et équipées d’une bibliothèque accessible aux villageois. Depuis 4 ans, l’association soutient dans les campagnes reculées du pays des écoles maternelles laïques pour les tout-petits, construit des aires de jeux ouvertes à tous les enfants et poursuit la mise en place des bibliothèques ouvertes à tous dans les villages ciblés.

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