5 ans après le séisme, état des lieux et perspectives pour Haïti

Où en est Haïti, 5 ans après le terrible séisme ? Joël Da Costa, responsable géographique de la zone caribéenne à Solidarité Laïque, fait le point sur les actions qui ont été conduites.

Quelle est la situation actuelle du pays et plus particulièrement de sa capitale, Port-au-Prince ?

Joël Da Costa  : La reconstruction de Port-au-Prince et des communes environnantes qui ont été touchées par le tremblement de terre est loin d’être terminée. Il n’est pas rare de trouver encore des maisons en ruines et des monticules de gravas.

Les Haïtiens sont fatigués d’attendre une reconstruction qui leur a été promise. Ils sont fatigués de voir leur palais national, symbole de l’union haïtienne, encore en ruines, et de voir grandir des bidonvilles dans plusieurs banlieues. Les Haïtiens sont fatigués enfin de vivre dans une crise politique perpétuelle.

Face à ce constat, quelle a été la démarche entreprise par Solidarité Laïque après le séisme et quels sont les premiers résultats ?

JDC : L’action de Solidarité Laïque et de ses membres en Haïti ne date pas du tremblement de terre. Nous sommes présents depuis 1995. Nous venons en appui à des syndicats d’enseignant, associations de parents d’élèves, mouvements de jeunesse et centres éducatifs où nous parrainons des enfants.

Solidarité Laïque a eu la volonté de continuer à travailler autour d’un système éducatif bien mal en point. L’éducation en Haïti connaît de nombreuses défaillances tant dans le secteur « formel » ou, « périscolaire », que dans le domaine de l’éducation à la santé. En effet, avec la très forte déréglementation du système éducatif, de santé et de protection sociale Haïti n’arrive pas à se sortir d’un cercle vicieux matérialisé par une faible quantité et qualité de l’offre éducative et sanitaire. Une gouvernance peu transparente et un dialogue difficile entre organisations de la société civile et acteurs publics concernés n’améliore rien.
C’est pourquoi Solidarité Laïque, en synergie avec ses membres et ses partenaires, a conçu un programme pour favoriser l’accès universel à l’éducation, pour contribuer au développement d’une meilleure qualité de l’enseignement et de la formation et ce en soutenant les acteurs de la société civile afin qu’ils soient reconnus comme une réelle force de réflexion, de proposition et d’action dans plusieurs régions du pays.

Concrètement, qu’est-ce qui a été mis en place ?

JDC : JDC : Au cours des 3 dernières années Solidarité Laïque, ses membres et ses partenaires ont eu des résultats probants :

  • des centaines de formateurs, chefs d’établissements, inspecteurs académiques, conseillers pédagogiques, animateurs et professeurs ont suivi les formations.
  • des ateliers sur le dialogue social ont été mis en place avec la production et la distribution sur l’ensemble du territoire de documents de plaidoyer pour l’amélioration de l’éducation et l’accès aux droits des enseignants. Les organisations haïtiennes ont ainsi été renforcées, dans leurs capacités d’intervention et dans leur reconnaissance par pouvoirs publics conduisant à un accord historique signé en 2014 entre le ministre de l’éducation et les principaux syndicats d’enseignants membres du PROCEDH.
  • des jumelages pédagogiques entre structures éducatives haïtiennes et françaises ont été mis en place. Des projets solidaires ont pu voir le jour : la création d’une bibliothèque dans une école municipale de Port Au Prince, la construction de centres de loisir et de soin, la plantation d’arbres fruitiers au sein d’une ferme école, une éducation aux droits de l’enfant…

Quel a été le rôle des organisations membres de solidarité Laïque au sein du programme ? qui sont-elles ? Comment sont-elles intervenues ?

JDC : Les organisations françaises membres de Solidarité Laïque impliquées dans le programme sont les Francas, le GREF, la FSU, et la MGEN. Elles apportent chacune leur expertise. Les Francas dans le champ de l’éducation périscolaire avec notamment la formation des moniteurs de la ville de Port-au-Prince, le GREF avec notamment la formation de conseillers pédagogiques, la FSU dans l’appui aux syndicats haïtiens. Enfin la MGEN (avec l’aide du RES* et du CIESS*), dans les champs de l’éducation à la santé et de la protection sociale, a conduit des actions de sensibilisation du personnel enseignant sur leurs droits sociaux.
Ce ne sont que des exemples parmi d’autre tant l’expertise des organisations membres a été variée et riche en résultat. Avec Solidarité Laïque et les organisations haïtiennes partenaires, elles ont fait partie du comité de pilotage du programme franco-haïtien qui tout au long de sa durée a coordonné l’ensemble des actions.

Un tel programme génère aussi de nouvelles synergies entre acteurs du système éducatif. En quoi contribuent-elles à faire évoluer la situation du système éducatif ?

JDC : Aujourd’hui, pour l’ensemble des membres du PROCEDH, il est clair que l’éducation en Haïti doit être de qualité et pour tous, notamment au sein d’un système éducatif public, performant et gratuit. L’éducation participe à la socialisation des citoyens et de citoyennes : conscients de leurs droits, ils deviennent acteurs de leur propre développement en assumant ainsi leurs devoirs et leurs responsabilités de citoyens. Il est de la responsabilité de l’Etat de garantir toutes les conditions d’une éducation de qualité. Il appartient à la société civile d’y veiller et d’y contribuer.
Le programme a donc généré une dynamique collective entre organisations hétérogènes (syndicats, mutuelles, association de jeunesses, associations de parents d’élèves) autour d’un enjeu commun, l’éducation. Il a renforcé la reconnaissance et la légitimité pour les organisations haïtiennes, notamment syndicales, aux yeux des pouvoirs publics haïtiens mais également auprès de la population. Ce sont des résultats qui peuvent paraître modestes au regard de l’étendue des besoins, mais nous estimons que le fait de travailler avec des organisations de la société civile en mettant en avant l’importance du dialogue avec les pouvoirs publics existant est la meilleure méthode pour rendre pérennes les actions que nous soutenons.

5 ans plus tard, les membres paraissent donc croire plus que jamais au développement possible d’Haïti par l’éducation. Quels sont donc les enjeux de la 2ème phase du programme qui doit démarrera prochainement ?

JDC : Il s’agit d’abord de continuer à renforcer la société civile haïtienne grâce à une logique de réciprocité qui permettra également aux membres français du programme d’améliorer leurs propres pratiques. Des cycles de renforcement de capacités en direction des membres haïtiens seront organisés et un documentaire sera réalisé sur la réalité des conditions d’enseignement dans les écoles publiques afin de sensibiliser les acteurs de la communauté éducative. Le programme s’ouvrira aussi à des nouvelles organisations si elles présentent une vraie plus-value. Enfin, le programme portera une stratégie nationale de plaidoyer et de renforcement ainsi que des actions spécifiques sur 4 territoires dans le but de mettre en place des projets éducatifs territoriaux concertés innovant qui rapprochera encore d’avantage les acteurs.

*RES : Réseau Education et Solidarité
*CIESS : Centre Interaméricain des Etudes sur la Sécurité Sociale

 

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