Apprendre la musique … et grandir

Solidarité Laïque a rencontré la Cité de la musique-Philharmonie qui porte depuis 2010 Démos, un projet citoyen d'éducation musicale de grande qualité. En février, une mission conjointe de faisabilité sera organisée en Tunisie pour envisager d'en faire bénéficier de jeunes tunisiens. Interview de Clara Wagner, directrice déléguée aux relations institutionnelles et internationales.

Qui sont les jeunes qui participent à ce projet ?

Pour dépasser les usages sociaux de la musique classique, la Philharmonie de Paris a souhaité que le prestige et l’exigence musicale qu’elle porte soient davantage partagés. Ainsi depuis 2010, elle développe des orchestres symphoniques à destination de jeunes de 7 à 12 ans issus de quartiers populaires ou zones rurales difficiles et qui n’ont jamais pratiqué la musique. Pendant 3 ans, ils ont 4 heures de pratique musicale hebdomadaire. Ils travaillent par groupe de 15 dans le centre social de leur quartier, encadrés par des musiciens professionnels et des travailleurs sociaux. Chaque fin d’année, ils se produisent à la Philharmonie de Paris et ou dans les salles de concert de leur territoire. Plus de 50% poursuivent une pratique musicale dans un conservatoire à l’issue de cette expérience.

En quoi est-ce un projet éducatif ? 

Dans un orchestre, chacun est partie prenante du tout, l’harmonie générale dépend de l’excellence de chacun et de l’écoute qu’il a des autres. Participer à cette aventure nécessite de la part des jeunes un engagement sur la durée, du travail, une capacité à se projeter dans un avenir, le moment du concert par exemple.  C’est éducatif car cela demande une forme d’autodiscipline et un grand sens des responsabilités… Par ailleurs, jouer dans l’orchestre développe un sentiment d’appartenance, donne une place, mais pas toute la place !.C’est aussi un projet éducatif par son impact positif sur la capacité des enfants à mieux intégrer les enseignements fondamentaux.

Eduquer, est-ce aussi permettre de partager une émotion ?

Oui, il s’agit de permettre à ces enfants de vivre une expérience qu’ils n’oublieront pas, une expérience qui engage tout l’individu de façon physique et émotionnelle. La rencontre est au cœur du projet. Rencontre entre musiciens et amateurs, travailleurs sociaux et artistes, enfants et adultes, et surtout rencontre avec la « grande musique », de Beethoven à Dvorak, de Gershwin à Piazzolla. Quand ils expérimentent cette émotion pour de vrai, quand ils s’approprient de façon personnelle, intime, une musique tout en construisant ensemble l’interprétation d’une œuvre, alors, c’est gagné car l’émotion est constructive. A l’issue de cette formation, on observe une concentration renforcée, une maîtrise du langage et orale plus soutenue, une aisance sociale confirmée, une meilleure estime de soi, une attention à autrui développée…

Peut-on parler d’un projet citoyen ?

Ce projet est un projet d’éducation musicale mais pensé aussi comme un projet d’éducation citoyenne. Nous avons la conviction profonde que la musique en collectif tout particulièrement, participe à l’intégration sociale et de la construction du citoyen de demain, comme nous pensons que le partage d’un patrimoine universel est essentiel à la cohésion de notre société. Il est donc citoyen par le partage d’une culture commune mais il l’est aussi par l’expérience proposée aux enfants.

Il y a beaucoup d’enfants dans le monde qui n’ont aucune chance de vivre cette expérience. Envisagez-vous de reproduire cette expérience à l’international ? 

Aujourd’hui Démos a presque 10 ans et est à présent très identifié nationalement mais il commence également à bénéficier d’un intérêt international, notamment auprès de pays qui réfléchissent comme nous à l’accès à la musique classique : ainsi nous avons mis en place des échanges avec des enfants de Démos et des enfants colombiens du dispositif Batuta qui sont venus travailler à Paris avec les jeunes français et ils ont joué ensemble à la Philharmonie de Paris en juin 2017 pour l’ouverture de la saison Colombie en France en présence des 2 présidents de la République. Nous avons des échanges réguliers avec un choeur de jeunes palestiniens également. Nous allons poursuivre ces échanges entre enfants et professionnels de dispositifs proches. Par ailleurs, certains pays sont demandeurs de notre expertise pour créer des orchestres sur leur territoire : c’est le cas de Cologne ou Montréal par exemple. Certains pays du Maghreb et du Golfe s’intéressent également à la pédagogie que l’on met en place en France. Enfin, nous souhaiterions développer des échanges d’expertise mais aussi une circulation entre les enfants et les professionnels avec plusieurs pays européens dans le cadre des programmes européens comme Europe Creative ou Erasmus+. Nous aurons une première étape à partir de 2020 avec l’inclusion de groupes d’enfants luxembourgeois et allemands dans les 2 orchestres Démos Metz-Moselle portés par l’orchestre national de Metz. Cette expérience intéresse, car elle ouvre un champ des possibles considérable sur le plan éducatif et social.

 

Pour Solidarité Laïque, l’accès à l’éducation est indissociable de l’accès à la culture. L’ensemble de nos programmes visent à permettre l’émancipation et contribuent à un mieux vivre ensemble. 

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