Au Liban, le dangereux recul du droit à l’éducation

Être écolier au Liban, c’est vivre dans un Etat qui vit l’une des 10 pires crises économiques que le monde ait connu depuis le milieu du XIXe siècle. Face à cela, l’école publique ne parvient pas résorber des inégalités qui plongent irrémédiablement des générations dans la pauvreté. Décryptage. 

Le système éducatif libanais a été très perturbé par la pandémie, avec des écoles fermées pendant plus des trois-quarts de l’année scolaire entre janvier 2020 et février 2021. Les enfants les plus marginalisés, les enfants issu.e.s de familles  pauvres ou modestes, ont vécu la plus forte exclusion scolaire et sociale, avec peu de continuité éducative et d’accès à l’école à distance, en raison notamment du manque d’accès à Internet et à un équipement informatique. De ce fait, on estime à 1,2 millions le nombre d’élèves libanais déscolarisés depuis le début de la pandémie. 

Par ailleurs, le Liban a fait face à une inflation record qui a plombé le pouvoir d’achat de ses habitants. Désormais, nourrir une famille de cinq personnes pour un mois coûte plus de la moitié du salaire minimumOn estime que la moitié de la population libanaise est tombée dans la pauvreté, et lutte pour subvenir à ses besoins les plus essentiels. Plus de 550 000 personnes sont aujourd’hui sans emploi, soit plus de 45 % des personnes en capacité de travailler. 

 

Un système éducatif face à une crise sans précédent 

Les inégalités scolaires reflètent les disparités socio-économiques du pays, doublées d’un fonctionnement ultra-communautaire, lié à la diversité religieuse et sociale de la population. Progressivement, l’État a délaissé l’école publique, seule garante du vivre ensemble. Avec la crise sanitaire déjà installée puis les explosions à Beyrouth à  l’été 2020, les écoles sont longtemps restées fermées, entraînant de nouvelles exclusions, cette fois scolaires, et mettant encore plus à mal la qualité de l’éducation et l’avenir de la jeunesse libanaise. Les élèves ont vécu une quasi « année blanche » en termes d’apprentissage ; la rupture éducative a largement touché les plus marginalisés, la scolarité étant majoritairement à la charge des familles. Selon le ministre de l’Éducation libanais Mr Tarek Mazjoub, l’école devrait reprendre en présentiel cette année entre le 27 septembre et le 4 octobre : néanmoins, pour des milliers de jeunes libanais, la perspective de retourner sur les bancs de l’école n’est même plus une possibilité envisageable.

En outre, certains enfants ont définitivement abandonné l’école et de nombreuses familles, surtout parmi les plus aisées, ont quitté le Liban, causant un déclin visible des étudiants notamment dans les filières universitaires essentielles à l’avenir du pays (médecine, enseignement…). 

L’exode de la population s’est largement amplifié, notamment avec la classe moyenne qui fédérait fragilement le pays (la classe la plus aisée a déjà, en partie, quitté le Liban). Il concerne aujourd’hui des personnes avec un niveau de formation élevé, une partie de la population plus que jamais nécessaire pour reconstruire le pays de façon durable, sur le plan économique mais aussi politique et social. 

Face à cela, l’école publique, déjà désignée comme « école des pauvres » a été anéantie.  

 

 

La qualité de l’éducation mise à mal  

Avant la pandémie, le Liban, en bas du classement régional en termes de résultats d’apprentissage des élèves, accusait déjà une baisse continue du niveau scolaire au cours de la dernière décennie. Les très fortes disparités entre accès à une éducation de qualité selon son niveau de résidence et selon ses moyens se sont aggravées, avec un système éducatif cloisonné selon les communautés et une approche très privatisée de l’école (autour de 60 % avant les crises). La crise scolaire engendrée par la pandémie de COVID-19 et la crise socio-économique peut amener à re-prioriser l’école publique « non par idéologie, mais par nécessité » précise Joseph Tomé, militant Libanais des Droits humains et partenaire de Solidarité Laïque pour la Rentrée Solidaire.

L’École publique, aux infrastructures délabrées, aux moyens d’enseignement modestes, enregistre aujourd’hui une demande exponentielle et essaye tant bien que mal de garantir le droit à l’éducation pour tous.toutes: ainsi, la qualité de l’éducation en fait les frais. Pourtant, il faut y voir l’opportunité pour l’éducation publique et laïque de requestionner son financement par l’État (qui finance davantage le privé) et de reconquérir les familles, pour maintenir un certain vivre- ensemble, au-delà des confessions ou des nationalités.

 

Dans un pays qui sombre chaque jour un peu plus dans “la crise du siècle”, redynamiser l’école publique est en effet une nécessité, mais surtout un défi énorme qui devra être relevé.

 

 

Comme chaque année, Solidarité Laïque, avec le soutien de la MAE et la MAIF et en partenariat avec de nombreuses organisations membres de son réseau organise la Rentrée Solidaire, une collecte de fournitures pour agir et sensibiliser au droit à l’éducation. En cette année 2021, c’est auprès des élèves du Liban que la Rentrée Solidaire s’engage.

 

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