« Avant le handicap, il y a une personne »

Handicapé moteur suite à un accident de naissance, Fabien Héraud tient l’un des premiers rôles du film De toutes nos forces, de Nils Tavernier. En pleine Campagne mondiale pour l’éducation sur le thème du handicap et de l’éducation inclusive, Fabien prône la mixité et entend montrer que les personnes en situation de handicap sont comme tout le monde.

 

Pouvez-vous nous raconter l’aventure du film De toutes nos forces ?

C’est très important de montrer qu’avant le handicap il y a une personne. C’est pour ça que j’ai aimé jouer le personnage de Julien : il est déterminé. Je ne suis pas colérique comme lui, mais sur cette envie d’aller jusqu’au bout, de ne rien lâcher, on se ressemble. Au début, l’équipe de tournage avait des appréhensions. Je faisais donc des blagues sur le handicap pour montrer que tout allait bien. Les gens ont peur du handicap. Je le vois aussi dans mes études. Les profs n’ont pas besoin de nous chouchouter sur les notes : on veut réussir dans notre vie comme tout le monde.

Cette année, la Campagne mondiale pour l’éducation a retenu pour thème l’éducation inclusive. Vivre comme tout le monde : cela a-t-il été possible pour vous ?

Rien ne présageait que j’irais jusqu’où je suis aujourd’hui, à 20 ans, en première technologique, au lycée Les Bourdonnières, à Nantes, en totale intégration. Petit, j’ai pu aller en primaire normalement, mais mon institutrice me laissait un peu de côté. Je suis donc allé en IEM (Institut d’éducation motrice). Là, l’apprentissage était surtout axé sur les soins et la mobilité, peu sur l’éducatif. Mais, ça a été bénéfique pour gagner en autonomie. Ensuite, je suis allé au collège, à La Durantière, à Nantes, dans une classe adaptée. C’était « semi-inclusif ». Entre le collège et le lycée, le changement de rythme a été assez dur. Comme je ne peux pas prendre de notes, une auxiliaire de vie scolaire (AVS) vient avec moi en cours. Être en totale intégration, c’est vraiment bien, mais j’ai aussi besoin de soins à l’école, sinon, ils sont reportés sur le week-end. Il faut donc des systèmes mixtes. Quand on reste entre handicapés, on n’apprend pas à s’ouvrir aux autres. Moi, ça ne fait que 2 ou 3 ans que j’ai compris qu’il fallait aller vers les autres, sinon ils ne venaient pas.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Après le lycée, j’aimerais intégrer un BTS en communication. Mon autre projet, c’est de pouvoir acheter une voiture pour être autonome. Mais une voiture adaptée coûte 60 000 euros ! Avoir mon permis de conduire m’a pris des années : il faut faire beaucoup de dossiers, de tests et cela coûte 60 % plus cher qu’un permis normal. En plus, il fallait aller à Bordeaux parce qu’à Nantes il n’y avait pas d’auto-école adaptée. Pour collecter des fonds, j’ai créé une association : Handi-kap mobil.

Comment vivre une vie la plus normale possible ?

L’important, c’est que les gens sachent que les personnes en situation de handicap sont comme tout le monde. Et pour les jeunes, il faut se dire que quand on veut, on peut. Il faut se donner les moyens d’y arriver. Même si on ne réussit pas toujours, on aura tout essayé, et il n’y aura pas de regret.

L’APAJH en action


Organisation membre de Solidarité Laïque, l’APAJH se mobilise au quotidien pour favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap. Elle promeut les valeurs de laïcité, citoyenneté et solidarité.
Elle assure actuellement la promotion du film de Nils Tavernier et organise dans plusieurs villes de France des projections-débats.
Elle a aussi récemment co-produit des outils de sensibilisation des élèves à la situation des personnes en situation de handicap. Chaque année, elle organise un festival Handiclap

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