Ecole inclusive : la prise en charge des élèves en situation de handicap au Cameroun

Éducation inclusive au Cameroun
Au Cameroun, le droit à l’éducation et à la formation des personnes en situation de handicap est garantit par la loi. Mais dans les faits, comment est prise en compte l’inclusion des élèves en situation de handicap ?

 

Interview de Eyi-Francine Angue, Directrice de ESEDA (École Spécialisée pour Enfants Déficients Auditifs), école créée en 1972 au Cameroun, qui accueille aujourd’hui 200 élèves de 3 à 8 ans et un institut de formation pour les enseignant.e.s.

 

Comment sont considérées les situations de handicap au Cameroun ?

Existe-t-il des mesures d’inclusion ?

Au Cameroun, il y a une bonne connaissance du handicap, à travers la sensibilisation, l’éducation et l’inclusion. Des politiques d’inclusion volontaristes ont fait en sorte que le handicap soit porté à l’attention de la population.

L’approche par le handicap est prise en compte, y compris dans les ministères. Aujourd’hui, la société camerounaise a un regard beaucoup plus scientifique. La population a compris que le handicap peut au départ venir d’une anomalie, mais que ce n’est pas une tare, ni une fatalité. Un enfant porteur de handicap, bien accompagné, peut être autonome.

Les parents d’enfants en situation de handicap prennent confiance quand ils voient des personnes ayant un handicap devenir des personnalités publiques reconnues, notamment dans le milieu artistique et culturel. Ces personnes devenues des icônes contribuent à faire évoluer les mentalités.

 

Les écoles sont-elles en capacité d’accueillir des enfants en situation de handicap ?

Comment fonctionnent les écoles inclusives au Cameroun ?

Bien qu’en théorie, les écoles doivent accueillir les enfants porteurs de handicap, les enseignant.e.s ne sont pas suffisamment formé.e.s. Ces enfants sont donc mal suivis. Dans une classe d’une école publique accueillant 40 enfants, si un enfant en situation de handicap arrive, comment voulez-vous que l’enseignant puisse prendre en compte ses besoins particuliers sans délaisser les autres élèves ?

Heureusement, il existe au Cameroun 68 écoles publiques inclusives qui sont en capacité d’accueillir des enfants en situation de handicap, réparties dans les 10 régions du pays. Parmi elles, il y a des écoles pilotes qui expérimentent l’éducation inclusive et dans lesquelles du matériel spécifique est fourni pour accueillir les enfants. Par exemple, s’il n’y a pas de rampe d’accès, ou que l’école manque d’outils pédagogiques adaptés, du matériel est fabriqué localement pour y remédier. Ainsi, les écoles publiques peuvent accueillir les enfants dans de bonnes conditions.

 

Qu’est-ce qui motive les familles à inscrire leur enfant à l’ESEDA ?

Comment sont formé.e.s les enseignant.e.s de l’école ?

Malgré nos actions pour informer et sensibiliser, des parents continuent de refuser d’inscrire à l’école leur enfant ayant un handicap. Il faut discuter avec ces parents, les encourager à croire en leur enfant, car ils ont peur pour l’avenir de leur enfant, il faut donc les accompagner. Lorsque les familles frappent à notre porte, elles sont démoralisées, l’ESEDA est leur dernier recours. Ce qui les motive à inscrire leur enfant dans notre établissement, c’est la sensibilisation par l’exemple, c’est-à-dire, rencontrer un jeune qui est arrivé à l’école en maternelle, qui a grandi et qui a réussi à se développer, à se construire. Quand les parents voient que l’accompagnement de l’ESEDA a bien fonctionné avec d’autres enfants, ils reprennent confiance et se disent que leur enfant aussi peut y arriver.

Les enseignant.e.s qui travaillent à l’ESEDA sont des fonctionnaires qui ont été formé.e.s il y a une dizaine d’années. La formation spécialisée sur le handicap dure un an. Après cette spécialisation, les enseignant.e.s peuvent prendre en charge des enfants en situation de handicap dans une école.

 

Comment l’ESEDA a-t-elle vu le jour ?

Quel cursus proposez-vous aujourd’hui ?

À sa création, en 1972, l’école accueillait des enfants avec tout type de handicap : moteurs, visuels, cérébraux. L’État a ensuite ouvert une école prenant en charge les enfants ayant un handicap moteur et ceux ayant une infirmité motrice cérébrale. Les enfants sourds n’avaient pas d’alternative. Hélène Ressicaud, religieuse française, a donc fondé cette école qui accueillait à son ouverture 8 enfants sourds ou malentendants. Au fil des années, l’école s’est agrandie et jusqu’à 300 enfants ont été scolarisés en même temps. En 2015, nous avons commencé à former les enseignant.e.s qui ont à leur tour formé d’autres enseignant.e.s.

Aujourd’hui, l’enseignement dure 8 ans, il débute en maternelle (3 ans) jusqu’au CM2. Ensuite, l’enfant poursuit ses études au collège. L’ESEDA continue de soutenir les enfants même au collège, car l’inclusion n’est pas encore acquise dans les établissements. Cet accompagnement se poursuit jusqu’à l’obtention du diplôme secondaire pour la filière professionnelle ou du Baccalauréat pour la filière générale. C’est encore difficile pour les personnes porteuses de handicap d’avoir des responsabilités professionnelles, mais les esprits sont en train de changer et les choses évoluent.

 

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