En Afrique de l’Ouest, l’alphabétisation comme levier professionnel

En Afrique de l'Ouest, le taux d'alphabétisation est encore bas. Au Burkina Faso en 2018, seulement 41 % des plus de 15 ans étaient alphabétisés. Sans savoir lire ni écrire, nombreux sont les jeunes qui se trouvent limités dans leurs projets professionnels et leur vie quotidienne. Dans le cadre du programme Compétences pour Demain, Solidarité Laïque a mis en œuvre un projet d'alphabétisation en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, pour donner à ces jeunes les clés de leur épanouissement. Interview avec Christelle Mignot, responsable du pôle "Langue Française et Intégration" à Solidarité Laïque.

 

Comment est né ce projet de cours d’alphabétisation sur-mesure ?

Lorsque nous avons commencé à mettre en œuvre des activités dans le cadre du programme “Compétences Pour Demain”, nous nous sommes rendu compte que plusieurs jeunes participants à nos projets ne savaient ni lire, ni écrire. 

Ces jeunes avaient certes développé d’incroyables aptitudes pour pouvoir “se débrouiller” malgré tout. Mais ils étaient limités dans leurs projets.

Sans savoir lire et écrire, impossible pour eux de comprendre les contenus d’appels à candidatures ou d’offres d’emploi sans solliciter l’aide d’autrui. Impossible d’y répondre de manière autonome. Impossible de suivre des formations avec usage de supports écrits. Impossible de remplir des questionnaires, de lire des affiches, etc.

La liste d’obstacles à l’épanouissement personnel et professionnel de ces jeunes était longue.

Aussi, pour que ces derniers puissent participer activement au programme “Compétences Pour Demain” , nous avons conçu, pour eux et avec eux, des projets expérimentaux et sur-mesure d’alphabétisation “sur objectifs spécifiques”. 

 

 

Quand ce projet a-t-il commencé ? Quels sont les objectifs en ce qui concerne l’alphabétisation des jeunes ?

Actuellement, les projets sont mis en œuvre dans deux pays du programme “Compétences Pour Demain” : la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

En Côte d’Ivoire, le projet a été lancé à la fin de l’année 2020 en partenariat avec la Coordination des Organisations de Développement par l’Éducation (CODE), l’Institut français de Côte d’Ivoire (IFCI) et l’Union des Transporteurs et Assimilés pour la sensibilisation dans les gares routières en Côte d’Ivoire (UTASGRCI).

Il vise pour objectif l’alphabétisation de 30 jeunes peintres, carrossiers et apprenti.e.s chauffeurs qui travaillent de manière informelle autour des gares routières d’Abidjan.

Les jeunes qui suivront l’intégralité du parcours d’alphabétisation (180 heures de formation au total à partir de juillet 2021) et qui réussiront leurs tests (évaluation critériée formative et sommative)  se verront offrir la possibilité de passer gratuitement leur permis de conduire et devenir chauffeurs de bus.

Au Burkina Faso, le projet a été lancé en février 2021 aux LABIS (Laboratoires d’Innovation Sociale) de Ouagadougou et de Koubri.

Il vise pour objectif l’alphabétisation de 60 jeunes agriculteurs-trices, maçons et parents d’élèves qui vivent et/ou travaillent aux environs de Koubri et qui souhaitent apprendre à lire et écrire :

  1. pour mieux réussir leur projet professionnel ;
  2. pour mieux suivre la scolarité de leurs enfants ;
  3. pour mieux s’insérer dans la société et mieux faire valoir leurs droits.

Une première session de cours a eu lieu de février à mai 2021.

 

 

Une cérémonie de remise de diplômes est venue clôturer cette session à la fin du mois de mai.

Une deuxième session de cours est programmée pour octobre 2021, juste après la saison des pluies.

 

Il s’agit d’un projet d’alphabétisation, mais aussi de formation de formateurs à l’alphabétisation. En quoi ce double objectif est-il important dans le déroulement de ce projet ?

En Côte d’Ivoire comme au Burkina Faso, nous avons rencontré de nombreux jeunes enseignants et pédagogues qui souhaitaient travailler dans le domaine de l’alphabétisation mais qui manquaient de savoirs, savoir-faire et savoir-être en la matière.

Nous avons donc construit un programme de formations didactiques et pédagogiques leur étant destiné.

Ce programme s’articule autour de deux principaux axes :

1 – D’abord, les volontaires suivent des formations pragmatiques consacrées aux thématiques suivantes :

  • la didactique du FLS (Français Langue Seconde) ;
  • la didactique bi-plurilingue “langues premières – français” ;
  • les techniques d’alphabétisation “sur Objectifs Spécifiques”. 

2 – Puis ils mettent concrètement en œuvre leurs nouvelles compétences en animant ou co-animant des formations en alphabétisation. Ils sont en effet appelés à intervenir sur les formations de Koubri ou d’Abidjan décrites ci-dessus.

Il s’agit donc d’un dispositif de “formations-actions”, où les stagiaires sont invités à mettre directement en pratique leurs nouveaux acquis.

 

Combien de jeunes formateurs sont impliqués dans les parcours de formation de formateurs ?

Actuellement, quarante jeunes âgés de 20 à 35 ans sont investis dans ce programme de formations didactiques. En Côte d’Ivoire, ils ont été formés aux techniques d’alphabétisation fonctionnelle par la directrice des cours de l’Institut français de Côte d’Ivoire, partenaire du programme. 

Au Burkina Faso, ils ont suivi des modules sur l’analyse des besoins des apprenants et sur la perspective actionnelle. Ils ont par ailleurs été sensibilisés à l’importance de la prise en compte des langues premières des apprenants en classe.

 

 

 Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous sommes actuellement en train d’évaluer la progression de chacun et chacune des formateurs et formatrices stagiaires (via une évaluation de leurs compétences en ingénierie de formation et une analyse de leurs pratiques didactiques et pédagogiques).

Le programme de formation de la rentrée de septembre 2021 sera adapté en fonction de leurs besoins.

 

De manière générale, quels sont les objectifs de Solidarité Laïque dans le domaine de l’alphabétisation, de la langue française et du plurilinguisme ?

Nous visons une amélioration de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage des savoirs de base par la mise en place d’un plan de formation des instituteurs, des professeurs de français et des professeurs de DDNL (Disciplines Dites non linguistiques) qui enseignent « le et en français » aussi bien auprès d’un public d’enfants que d’adultes, en formation initiale et continue (ODD 4).

 

 

 

Pour en savoir plus sur les projets menés par Solidarité Laïque dans le domaine du bi-plurilinguisme scolaire, contactez Christelle Mignot, responsable du pôle « langue française et intégration » à Solidarité Laïque : cmignot@solidarite-laique.org

 

 

 

 

 

 


À propos du programme Compétences pour demain : 

Confrontés à une instabilité politique, à un fort taux de chômage, les jeunes sont dans une situation très précaire. Dans un contexte de montée de la menace terroriste, il est urgent d’offrir à ces jeunes de meilleurs perspectives d’avenir. Le programme “Compétences pour demain”, qui succède à Top Eduq s’adresse aux jeunes des banlieues des grandes métropoles. Ces zones périurbaines que rejoignent les migrants régionaux sont sous-équipées en infrastructures éducatives et socio-éducatives. Elles cumulent de multiples facteurs d’exclusion qui conduisent parfois à des violences extrêmes. Ce programme est mené en partenariat avec Aide et Action et avec le soutien de l’Agence Française de Développement.

 

 

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