Grandir en situation de handicap au Sénégal

Interview de Serge Sery, chef de file du groupe "Handicap" au Sénégal dans le cadre du PRODERE-AO. Le point sur les progrès en cours dans la reconnaissance et la prise en charge du handicap et le rôle du réseau animé par Solidarité Laïque.

Comment grandit un enfant en situation de handicap au Sénégal ?

Serge Séry : Au Sénégal, nous en sommes encore à la situation dans laquelle était la France dans les années 1950, quand les familles d’enfants en situation de handicap commençaient juste à s’organiser pour porter le problème auprès des autorités. Nous sommes à la genèse de la prise de conscience de cette problématique par les pouvoirs publics et la population. Mais il y a encore des croyances qui assimilent la personne en situation de handicap mental aux “djinns”, c’est-à-dire aux démons. Ce qui fait que c’est très difficile pour ces jeunes de s’insérer socialement et professionnellement.

Quelles étapes restent à franchir pour une prise en charge plus large du handicap au Sénégal ?

Serge Séry : Il y a eu quelques avancées législatives. En 2010, une loi d’orientation sociale pour les personnes handicapées a été promulguée et, le 3 octobre 2013, les décrets d’application ont été signés. Ces textes reconnaissent des droits aux jeunes et doivent permettre un accès gratuit aux transports, aux soins médicaux… Les intentions sont là, mais pour le moment l’application laisse à désirer. Ensuite, si la population commence peu à peu à être sensibilisée, il y encore beaucoup de travail à faire. S’agissant des infrastructures, dans une capitale comme Dakar, il y a tout au plus 10 établissements, publics et privés confondus, qui prennent en charge des personnes en situation de handicap. Ce n’est pas suffisant. Les établissements de formation des professionnels sont aussi insuffisants. Enfin, il faudrait pouvoir créer l’équivalent de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), qui permet d’avoir un interlocuteur lorsqu’on a un souci.

Comment la société civile s’organise-t-elle pour répondre aux besoins ?

Serge Séry : Le PRODERE-AO et son groupe thématique Handicap nous permet d’échanger sur nos différentes pratiques. Des réseaux se créent, mais ils ne sont pas encore assez influents et solides. Il faut du temps pour se renforcer mais nous progressons pour pallier les manques et cela se traduit par des résultats concrets. A Estel, par exemple, la section de formation et d’insertion professionnelle propose désormais des apprentissages en céramique, menuiserie, espaces verts, peinture. Et nous sommes actuellement en négociation avec la commune de Sebikotane pour y construire un établissement type Esat. Ces évoutions sont globalement encourageantes et les parents sont très heureux de voir que les jeunes ont aujourd’hui un espoir d’insertion professionnelle.

 

Les actions de sensibilisation sur le handicap. Un document produit par les membres du Prodere AO.

Lancement de la phase 3 du Prodere-AO
Depuis 2005, le “Programme de Développement des Réseaux pour l’Education en Afrique de l’Ouest” accompagne la mise en réseaux d’acteurs de la société civile au Bénin, au Burkina, en France, au Mali, au Niger et au Sénégal.

  • Associations d’éducation populaire, associations de jeunesse, syndicats, associations de parents d’élèves et au service des droits des personnes en situation de handicap, toutes interviennent dans le champ de l’éducation.
  • Aujourd’hui au nombre de 156, ces organisations sont organisées en 4 groupes thématiques (handicap, petite enfance, education de base et éducation non-formelle) et portent des centaines de projets locaux.
  • En 2014, le programme est entré dans sa dernière phase. Celle-ci vise à l’autonomisation des membres : capacité à exister sans le soutien du programme, à promouvoir l’éducation de qualité pour tous, à être visibles et à exercer une stratégie d’influence, d’alliances et de concertation entre réseaux nationaux et pouvoirs publics.

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