“ Haïti est le symbole de l’espoir des opprimés ” 

En abolissant l’esclavage en 1803, Haïti devient la première République noire à avoir conquis son indépendance et signe ainsi un tournant dans l’histoire du monde. Par la suite, Haïti devient un symbole de liberté. Retour aujourd’hui avec le regard croisé de deux historiens français et haïtien, Pascal Blanchard et Gérard Marie Tardieu sur ce moment fondateur et ses conséquences. 

Haïti a été le premier pays à abolir 200 ans d’esclavage et à obtenir son indépendance en 1803. Quel impact cette révolution a-telle eu sur le monde ? 

Pascal Blanchard : L’impact est majeur. Car c’est la première « République noire premier État « libre » issue d’une société esclavagiste dont les anciens esclaves accèdent au pouvoir politique. La « perte » de cette colonie en Europe signe la fin possible d’un système. L’indépendance d’Haïti est aussi le résultat de la première « révolte victorieuse » d’esclaves noirs qui conduit à la libération du pays. L’impact est tel, qu’il a fallu faire payer au pays le prix de cette liberté tout au long du XIXe siècle. Le pays a été plongé dans la corruption où les inégalités sociales grandissaient de façon galopante. 

Gérard-Marie Tardieu: Bien plus que la première République noire, au temps de l’esclavage, Haïti est devenu le symbole de l’espoir des opprimés. Devenue libre, sa première action a été d’aider d’autres nations à recouvrer leur liberté, comme le Vénézuéla, la Colombie ou l’ÉquateurC’est enfin le pays, où dès que tu posais les pieds, tu devenais libre comme nouveau citoyen haïtien, car les habitants de cette terre recevaient toutes les femmes et hommes épris.es de liberté ; un mot qui a enfin eu du sens. 

Dans quelle mesure la dette que le pays a dû rembourser après l’indépendance a-t-elle contribué à l’appauvrissement du pays ? 

G-M.T : Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’au lendemain de l’indépendance, la « perle des Antilles » avait perdu toutes ses richesses en menant la guerre contre les Anglais, les Espagnols et les Français. Au lieu de reconstruire, mais il a fallu s’armer pour se protéger de l’oppresseur français. De plus, aucun pays ne reconnaissant officiellement cette République. C’est dans ce contexte que Haïti a dû rembourser une dette injustement établie sur 109 ans. Quelle économie aurait pu survivre à ça ? 

P.B : Haïti a payé jusqu’au dernier centime de cette dette pour s’émanciper de la tutelle française, ce qui a été un énorme fardeau pour l’île. En avril 2003, le président JeanBertrand Aristide a demandé réparation à la France mais sera destitué un an plus tard et la demande n’aboutit jamais. Dans le même temps, la France a octroyé l’asile politique à Jean Claude Duvalier, ancien dictateur qui aurait volé dans les caisses de l’état haïtien. La dette, les ingérences des grandes puissances et les chefs d’états fantoches, permettent d’expliquer en partie le fort taux de pauvreté dans le pays.  

Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, le modèle démocratique d’Haïti peine à se mettre en place. Pourquoi ? 

G-M.T : Haïti n’a pas un problème de modèle démocratique. Elle a un problème d’identité. Les institutions existantes sont marquées par un idéal européen. Les Haïtiens doivent apprendre à valoriser leur propre démocratie, et non celle qui est importée : une démocratie qui découle de sa culture et qui a déjà fait ses preuves ! Aujourd’hui, c’est l’union qui nous sauvera et cela ne pourra passer que par la mobilisation de la société civile haïtienne. Quand les bras abondent, plus aucune charge n’est lourde ! 

 

 

La Rentrée Solidaire, cette collecte de fournitures pour agir et sensibiliser au droit à l’éducation, est l’occasion d’enseigner cette histoire coloniale méconnue aux petits et grands.  

Retrouvez la page : Enseigner l’histoire d’Haïti, la première République noire indépendante  

Au collège (Programme de 4e), au lycée, au centre de Loisirs, évoquer Haïti avec la Rentrée Solidaire permet d’étudier l’histoire coloniale, la décolonisation, et explique les prémisses d’un monde marqué par la construction de la domination des nations occidentales. 

Solidarité Laïque travaille en partenariat avec l’ACHAC, et promeut des outils pédagogiques autour de l’histoire coloniale et postcoloniale. 

Suivez-nous sur les réseaux sociaux