Le démantèlement du camp de Calais… pour quel futur ?

"Monsieur le Président, construisons en premier lieu des solutions avant de faire disparaître celles, aussi précaires soient-elles, que les réfugiés et les acteurs associatifs ont inventées. " Tribune de Dominique Thys, Président de Solidarité Laïque.

Monsieur le Président,

 

Vous avez annoncé que le camp de Calais serait démantelé avant la fin de l’année.

Oui, les conditions dans lesquelles vivent les migrants à Calais sont inacceptables.

Aujourd’hui à Calais, ni la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et du citoyen, ni la Convention internationale des droits de l’enfant ne sont respectées. Pourtant, la France est signataire des textes fondamentaux.

Chacun souhaiterait que les migrants de Calais soient accueillis avec humanité…

 

« Nous n’allons pas, pour démanteler un campement de 7 000 personnes, multiplier d’autres campements partout sur le territoire. Il s’agit de véritables centres, en dur, limités en nombre, 40 à 50 personnes, capables de fournir un appui pour des procédures administratives. Voilà ce qui est digne, ce qui est ferme, pour que la France puisse assurer ses devoirs», avez-vous déclaré.

 

En effet, à quoi mènerait une destruction sans mise en place d’un dispositif alternatif digne ?

 

Le scénario serait malheureusement prévisible :

  • Les migrants iraient reconstituer des camps dans les alentours de Calais. Isolés, ils seraient alors encore plus vulnérables et soumis à la violence des plus forts.
  • Les mineurs isolés étrangers seraient plus encore livrés à eux-mêmes, exposés à l’exploitation, à la traite et à la prostitution. Dans le camp, existent des associations qui peuvent assurer un relais, déclarer les mineurs aux autorités pour qu’ils soient pris en charge. Quand le camp sera démantelé, ils seront encore plus exposés à l’exploitation, à la traite et à la prostitution.
  • Les enfants et les adultes qui fréquentent l’Ecole Laïque du Chemin des Dunes ne trouveront plus un lieu pour apprendre, échanger, jouer, communiquer et se projeter dans l’avenir.

 

Que faut-il faire alors ?

 

Au-delà de la finalité que vous avez annoncée, nous demandons que des solutions pérennes et pertinentes, co-construites avec les réfugiés et les associations impliquées sur place ainsi que toutes les parties prenantes, soient mises en œuvre d’urgence avant de lancer les bulldozers.

 

Cela signifie notamment :

  • Assurer au préalable une protection des mineurs non-accompagnés
  • Scolariser les enfants migrants dans des conditions dignes, respectueuses de la loi et adaptées à la situation de leurs parents
  • Prévoir des espaces pour accueillir les adultes qui sont seuls ainsi que les familles dans des conditions dignes et mobiliser des moyens pour favoriser leur insertion.
  • Ouvrir des espaces d’échanges avec toutes les parties prenantes concernées

 

Monsieur le Président, construisons en premier lieu des solutions avant de faire disparaître celles, aussi précaires soient-elles, que les réfugiés et les acteurs associatifs ont inventées pour pallier l’absence des services publics, qu’ils s’agisse de l’Etat ou des départements.

 

Et organisons ENSEMBLE des solutions respectueuses des droits humains.

 

Dominique Thys, Président de Solidarité Laïque

SignatureTHYS (2)

 

 

 

 

 

Photo : ©Arnaud Gastaut

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