Madagascar, à la recherche d’un système éducatif équitable et adapté à ses défis [Interview]

Rentrée solidaire Madagascar
Interview de Mireille Mialy Rakotomalala, Professeure à l’Université d’Antananarivo, Présidente d’honneur de la Ligue de l’Enseignement de Madagascar.

Rentrée Solidaire 2023 : 17 ans après

À l’échelle nationale, on constate de réelles disparités dans l’accès à l’éducation formelle à Madagascar. Comment se manifestent-elles sur le territoire ?

Certaines des 23 régions de Madagascar sont très enclavées. La mauvaise qualité des infrastructures routières et le manque de communication font que des populations vivent en quasi-autarcie. S’installe une pauvreté parfois extrême, due au manque d’activités socio-économiques. Dès le début des années 90, la quête d’une éducation plus moderne, plus équitable et plus performante a été au coeur des préoccupations des dirigeants. Malgré la volonté de faire de l’éducation « une priorité nationale absolue », les régimes successifs peinent à trouver le modèle de système éducatif qui répond aux défis de Madagascar. Le système, les infrastructures et les inégalités sociales sont autant de facteurs qui font que les enfants n’ont pas tous accès à un bon niveau d’éducation. La non-scolarisation touche plus du tiers des enfants en âge de fréquenter le collège et la fréquentation scolaire est encore plus faible dans le Sud. Dans l’ensemble, les garçons sont plus concernés du fait du faible revenu des parents qui les oblige à travailler pour suppléer aux besoins de la famille.

Mireille Madagascar

Comment cohabitent le public et le privé dans le système éducatif malgache ?

Le secteur public, entre manque de formation des éducateurs, insuffisance en matériel pédagogique et dégradation du pouvoir d’achat des ménages, n’est pas en mesure d’assurer une éducation de qualité et pérenne, malgré le nombre croissant d’infrastructures (dont la qualité laisse parfois à désirer). Les aides octroyées par l’État aux ménages en difficulté, telles que l’aide financière pour l’achat de matériel scolaire et la gratuité de l’inscription, sont loin de résoudre le problème. Le budget n’est pas suffisant et l’augmentation des dépenses en investissement du secteur éducatif n’est pas à la hauteur. Seule l’éducation primaire bénéficie d’une proportion conséquente du budget public. L’État n’ayant pas les moyens de le faire, l’association des parents d’élèves est forcée de recruter et rétribuer elle-même les enseignants du public, dont 8 sur 10 n’ont reçu aucune formation pédagogique. La non-régularité des financements empêche d’assurer une politique stable et continue pour le développement du système éducatif à Madagascar. Face à ce constat préoccupant, une loi stipule que l’État adopte désormais le partenariat public-privé dans sa politique d’éducation et de formation.

Dans ce contexte, qu’en est-il de l’éducation informelle et culturelle ?

L’accès à la culture reste un défi à Madagascar à cause du manque de réseaux de diffusion. Malgré les efforts des institutions publiques et privées, une partie infime de la population a accès aux produits culturels. En théorie, la musique et les arts traditionnels font partie intégrante des matières à enseigner dans les établissements scolaires mais faute d’enseignants qualifiés, nombre d’entre eux sont obligés d’annuler ces cours relatifs à la culture.


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Interdépendance entre changement climatique et situation du secteur éducatif, inégalités d’accès à l’école publique, gratuite et de qualité…

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Une fois formé.e.s, quelles sont les perspectives pour les jeunes à Madagascar ?

L’adéquation formation/emploi reste problématique. Toutefois, à l’issue de leurs études, les jeunes peuvent trouver des opportunités dans la recherche, l’industrie, la santé, le développement des entreprises, les sciences et la technologie. Mais il y a une « fuite des cerveaux ». Le manque de perspectives et l’instabilité politique poussent les jeunes à chercher un avenir meilleur ailleurs. On observe des départs massifs pour le Canada, l’Europe et l’Afrique.

Mireille Madagascar

Les catastrophes naturelles s’enchaînent à Madagascar. Quelles sont les pistes explorées pour relever les défis climatiques ?

Le changement climatique se traduit par plusieurs phénomènes, aussi bien au niveau rural qu’urbain.

Le glissement du calendrier agricole dû à la raréfaction de l’eau et aux phénomènes extrêmes en est l’une des conséquences. La désertification rend des territoires hostiles et oblige leurs occupants à se déplacer. Dans le Sud, la sécheresse, de plus en plus fréquente, provoque l’insécurité alimentaire, la famine et la mortalité infantile. Sur les côtes, les cyclones ravagent les habitations et entraînent des maladies, rendant impossibles les activités socio-économiques. La dégradation de l’écosystème marin provoque des tensions sociales et économiques, car les ressources deviennent de plus en plus rares. En milieu urbain, les inondations à répétition menacent les villes et remettent en question l’aménagement du territoire.

L’État, avec la contribution de partenaires techniques et financiers et d’organismes humanitaires, prend des mesures adéquates au niveau des infrastructures, sur le plan sanitaire et nutritionnel. Mais si l’adaptation est déjà en marche notamment dans le milieu rural, l’éducation populaire a un rôle important à jouer pour sensibiliser les populations aux questions environnementales.

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