Quand les violences à l’école menacent l’éducation des filles

Au Niger, la scolarisation des filles est menacée par les violences dont elles et leurs enseignantes sont victimes à l’école. Avec Solidarité Laïque, un projet de sensibilisation a été développé à Niamey pour lutter contre cette cause majeure de déperdition scolaire.

La déperdition scolaire au Niger ? Elle touche principalement les filles, comme dans la majorité des pays en développement, et découle souvent des violences dont sont autant victimes les élèves que les enseignantes. Ainsi, si 52% des filles fréquentent le primaire, elles ne sont plus que 8% à poursuivre en secondaire (et 38 % au collège).

Pour endiguer ce phénomène, un réseau de 30 organisations nigériennes actives dans le domaine de l’éducation (le RESDEN), avec le soutien de Solidarité Laïque et de la fondation Raja Danièle Marcovici, a mis sur pieds un projet éducatif de sensibilisation à l’égard des violences. L’objectif : donner aux enseignants les moyens de réagir à cette situation.

Informer, débattre avec les élèves : comment les sensibiliser ?

L’action s’est déroulée dans le lycée Kassaï et le CES Lazaret à Niamey, capitale du Niger. A la suite d’une étude conduite auprès des élèves, un dépliant d’informations a été distribué aux enseignants. Les volontaires ont ensuite présenté aux élèves et aux associations de parents le film « Entre l’école, le travail et les menaces », qui présente et illustre les causes et conséquences des violences faites aux filles. « Il est important d’inclure les parents dans les débats, explique Louise Saby, responsable de la zone Afrique de l’Ouest à Solidarité Laïque. Eux-mêmes ne savent pas toujours ce qu’il se passe à l’école, n’ont pas connaissance des droits de la femme et de la loi qui la protège des violences. Ils n’ont pas non plus toujours les moyens de réagir lorsqu’ils subissent ces dégâts dans le cadre familial. » Au total, ce sont 300 élèves dans les deux établissements qui ont assisté à la projection.

« Après la projection du film, les filles se sont dites soulagées que le sujet des violences ait enfin été abordé, raconte Louise Saby. Tout le monde s’est impliqué dans les discussions qui ont suivi, les garçons comme les filles. Chacun a souhaité partager son expérience et dire son ressenti. Ce fut un moment riche dans lequel les élèves ont démontré une prise de conscience et la volonté d’améliorer leur comportement. »

Ouvrir les yeux des pouvoirs publics

Un recueil de textes de lois sur la protection des femmes a également été rédigé avec le soutien d’un socio-anthropologue. « Cet outil de vulgarisation pour les enseignants a aussi été partagé avec les pouvoirs publics pour proposer des pistes d’action  », poursuit Louise Saby. Les organisations membres du RESDEN ont été reçues à l’Assemblée nationale à cet effet et ont invité le Secrétaire général du Ministère des Enseignements de base II à une projection du film. « Cette expérience va être étendue au reste du pays, souligne Louise Saby. A cet effet, les membres du PRODERE-AO ont produit un outil pédagogique pour guider les enseignants qui souhaiteraient réaliser cette action dans leur établissement  ».

Témoignages

  • « Ces activités menées dans nos établissements ont permis de changer les comportements des garçons vis-à-vis de nous, les élèves, et aussi envers les enseignantes. Il y a moins de frustration dans nos classes et dans la cour de l’école. On parle entre nous et les problèmes sont réglés autrement, par le dialogue. Mais il faut continuer cette activité … car les camarades oublient vite. » Roumanatou, élève au CES Liboré
  • “Nous, les femmes enseignantes, nous sommes souvent incomprises à l’école comme à la maison. Non seulement par nos collègues et pire par nos propres élèves. Cela a une incidence négative sur ce qui se passe en classe. L’initiative soutenue par le Prodere AO permet d’aller de l’avant et de bâtir un environnement scolaire favorable.” Zeynabou, enseignante, présidente du réseau des femmes enseignantes du Niger

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