Se construire par le sport à Saint Martin : priorité à l’esprit d’équipe ! [interview]

Dans nos programmes, la valorisation de la pratique sportive comme ressource pour les apprentissages citoyens est primordiale. Défendre le droit au sport pour toutes et tous, sensibiliser sur les dérives liées à la privatisation et à la marchandisation du sport sont les deux marqueurs de notre engagement. Notre partenaire Andy Armongon nous parle de son expérience à Saint-Martin.

 

 

Andy Armongon

Président de l’Association de coordination de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (USEP) Îles du Nord, en charge des rencontres sportives inter-écoles. Conseiller pédagogique en EPS. Président-fondateur du club de triathlon « Saint-Martin extreme trainers ».

 

 

En quoi le sport contribue-t-il au vivre ensemble ?

Il faut distinguer le sport scolaire (éducation à la pratique sportive), le sport associatif (USEP pour le 1er degré, UNSS pour le 2e degré) et le sport fédéral (en club). De façon générale, le sport permet de mieux vivre ensemble parce que c’est structurant ; il obéit à des règles que l’on construit ensemble et qui contribuent à créer de la cohésion.C’est avant tout un échange de valeurs qui permettent de nous orienter vers un but commun et de communiquer avec le même langage. À Saint Martin, où il y a 120 nationalités différentes, nous arrivons à nous retrouver autour d’activités sportives.

 

Comment transmettez-vous les valeurs du sport dans le 1er degré ?

Dans chaque module, il y a la formation des enseignant.e.s, l’unité d’apprentissage pour les élèves (8 à 10 séances) et la rencontre sportive associative (RSA) qui permet d’aller à la rencontre d’enfants qui vivent dans un autre environnement, de casser les murs entre les quartiers. Dans le cadre des RSA, il y a un volet « débat philosophique ». Les équipes débattent sur un sujet autour de la citoyenneté, du vivre ensemble, de la laïcité, de la solidarité… Les RSA sont aussi créatives ; les enfants composent ensemble une œuvre sur une thématique prédéfinie. On ne s’arrête pas à la rencontre sportive, on crée les conditions pour que les enfants puissent s’exprimer et produire ensemble. Sur ce principe, nous lançons prochainement le module « école ovale », avec le rugby à l’honneur.

 

Le sport c’est un échange de valeurs qui permettent de communiquer avec le même langage. 

 

Toutes les disciplines sont-elles adaptées au cadre scolaire ?

À Saint-Martin, lorsque l’ouragan Irma a mis à terre les infrastructures, la question de la pratique sportive s’est vite posée. Quand les jeunes ne sont plus à l’école, il faut les occuper, leur proposer un cadre qui régule la vie en société. Il ne s’agissait pas seulement d’apprendre à lire, écrire et compter mais aussi de retrouver cette activité sportive fondamentale dans le développement moteur, cognitif, relationnel et émotionnel de l’enfant. Le projet « Boxer ensemble », né de rencontres avec Solidarité Laïque et ABC Intersports s’est alors construit autour de la boxe éducative pour développer les compétences des élèves (compétences sociales, civiques, gestion des émotions, capacité à pouvoir communiquer et à pouvoir prendre des rôles – observateur, combattant, arbitre). La boxe éducative est au service de l’éducation alors que la boxe en club est orientée sur la compétition. Si l’aspect « cohésion » est très prégnant dans les activités de coopération (football, basket, etc.), le sport permet aussi d’atteindre d’autres objectifs pédagogiques, avec par exemple des disciplines athlétiques, liées à des prestations artistiques ou qui demandent un déplacement dans des environnements variés telles les courses d’orientation. On constate que même avec des activités individuelles, il y a ce besoin d’aller vers l’autre, de rentrer en communication, y compris pour les sports de combat. On le voit avec les salutations, il y a le respect de l’autre, la communication avec l’arbitre, on est toujours à l’écoute, on n’est jamais isolé.

 

Il y a toujours un.e gagnant et un.e perdant.e, cela ne suscite-t-il pas des divisions et des déceptions ?

Le fondement du sport scolaire c’est que tout le monde gagne, puisque l’élève s’est investi dans son apprentissage. On se focalise sur l’engagement. Dans le 2e degré, on est sur un aspect un peu plus compétitif et avec la transition sur le fédéral, on passe à de la compétition pure. C’est pour cela que dans le 1er degré on essaie de protéger nos élèves qui sont encore en pleine construction.

 

Comment gérer les différences de performances sportives à l’école ?

L’école n’est pas une fabrique à champion, elle ne doit pas être élitiste. C’est une question d’équité ; il faut donner les moyens à chacun.e de pouvoir progresser, d’aller le plus loin possible, sans viser à créer une élite. C’est ça l’essence de l’EPS : développer la personne, le citoyen, toutes ces compétences qui vont faire de l’élève une personne autonome, qui va pouvoir se construire et construire la société de demain. Le fédéral ne pourra jamais remplacer l’EPS, ce n’est pas la même vision. Ce sont des approches complémentaires mais il faut respecter les étapes. On doit démarrer par la construction de l’être avant d’en faire un champion plus tard. Cela prend du temps et ça, c’est le rôle de l’école.

 

On doit démarrer par la construction de l’être avant d’en faire un champion plus tard.

 

Comment appréhendez-vous la dimension « business » du sport ?

Tout se joue sur la construction de la personne. Lorsque l’on échange avec des jeunes qui sont éblouis par les stars du sport, ils voient la réussite, la belle voiture, les conditions de vie. Ce qui est important c’est de les éclairer sur les parcours ; c’est ce qui détermine combien de temps on reste au plus haut niveau et ce que l’on retient de nous.

 

Lors du Festival « Langues et cultures » à Saint-Martin, il y a eu une conférence sur le thème « Éducation, sports et cultures ». Quel lien faites-vous entre ces notions ?

Beaucoup ont été interpellé.e.s ; ils.elles avaient bien compris le lien entre les langues et la culture mais c’était moins évident pour le sport. Cela vient du contexte de l’île : nous avons un côté français et un côté hollandais, avec des langues différentes (anglais, français, créole haïtien, hollandais, espagnol). C’était intéressant de montrer que notre diversité se retrouve aussi dans nos activités sportives. On ne pouvait pas évoquer la culture sans parler de sport.

 

Retrouvez cette interview dans notre Lettre trimestrielle “Revendiquons le droit au sport pour tous.tes !”

 


 

Le sport et la culture, vecteurs d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité

 

Dans le cadre de notre projet « Boxer ensemble ! », des activités sportives, culturelles et éducatives sont organisées, pour favoriser la mixité sociale, l’inclusion et lutter contre les discriminations de genre, autour de la boxe éducative. Depuis 2017, en partenariat avec l’association de coordination USEP Îles du Nord, le club ABC Intersport Boxe et avec le soutien de la Fondation de France et la Fondation Up, nous sommes engagé.e.s aux côtés des éducateurs.éducatrices et des enfants qui s’étaient retrouvé.e.s sans école suite au passage de l’ouragan Irma en 2017.

Notre plaidoyer pour une éducation de qualité pour tous.tes inclut l’accès aux loisirs éducatifs, au sport et à la culture. Nous revendiquons en particulier « le sport pour tous.tes » comme un droit fondamental. 

 


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