Sri Lanka : les ONG au secours de l’éducation préscolaire

Oubliée depuis des lustres par les gouvernements successifs, l’éducation de la petite enfance est livrée à elle-même au Sri Lanka. Ce sont les associations de la société civile et les communautés qui la prennent en charge.

D’après un article de Patrick Chesnet paru dans Altermondes

 

Avec plus de 90 % de sa population en capacité de lire et écrire, le Sri Lanka peut s’enorgueillir d’avoir atteint le taux d’alphabétisation le plus élevé des pays de l’Asie du sud. Il ne faudrait cependant pas crier victoire trop vite. À côté de ce beau – et réel – résultat, c’est un pan entier de l’éducation qui est négligé, celui de la petite enfance. « Partagée entre trois Ministères – Education, Santé et femmes, Affaires sociales – l’éducation préscolaire rencontre de nombreux problèmes de gestion et de gouvernance, explique Mohamed Saifullah, coordinateur au Sri Lanka du programme mené par Solidarité Laïque. Comme il a rendu le reste de l’éducation gratuite, l’Etat attend des communautés, parents, ONG, secteur privé ou institutions religieuses, qu’ils s’occupent du préscolaire ».

Résultat : l’activité est aujourd’hui à plus de 80 % hors du contrôle du gouvernement. Avec tous les problèmes que cela entraîne. « La majorité des établissements n’ont pas les moyens humains et financiers de desservir une éducation de qualité, constate Mohamed. Les enseignants sont peu nombreux et ont rarement reçu une formation. De plus, l’eau potable, les toilettes sont absentes de beaucoup d’écoles, les matériels d’enseignements et les équipements sont insuffisants. » Et la situation est encore pire dans le nord et l’est du pays, où les populations ont toujours du mal à se remettre de la guerre qui a opposé gouvernement central et Tamouls jusqu’en mai 2009. « Tout est encore désorganisé, la plupart des infrastructures ont été détruites ou endommagées et les profs et les parents sont encore traumatisés. Difficile de parler de l’importance de préscolaire dans ces conditions-là », confie le responsable sri lankais.

Autant dire que les actions menées par Solidarité laïque dans l’île depuis 2005 ont été bien reçues. Réhabilitation de bâtiments, formation de personnel ou sensibilisation des adultes, création de 17 comités de gestion d’écoles maternelles et de 17 comités d’enseignantes maternelles, …. Ces derniers se sont réunis en syndicat afin de donner la possibilité aux enseignantes de revendiquer leur statut social mais aussi d’échanger, de progresser… L’association a enfin initié un programme de gestion et gouvernance, qui rassemble syndicats d’enseignants, associations de parents d’élèves et pouvoirs publics pour une meilleure concertation entre tous les acteurs de l’éducation préscolaire. « Le renforcement des capacités des acteurs gouvernementaux ou non gouvernementaux, au nombre desquels les communautés, ne peut qu’avoir un impact durable sur l’amélioration de l’éducation de la petite enfance au Sri Lanka », confirme Mohamed.

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement, le 17 août dernier, va-t-elle changer les choses ? Le coordinateur de Solidarité laïque se veut optimiste. « Le gouvernement a compris l’importance de l’éducation préscolaire et les problèmes auxquels elle était aujourd’hui confrontée. Certaines décisions sont encourageantes. » Il en veut pour preuve la révision de la politique concernant l’éducation, qui devrait inclure le préscolaire, la promesse de doter le secteur de 6 % du budget alloué à l’éducation, les initiatives prises afin d’établir une certaine norme en la matière, à travers la publication d’outils, de guides de référence. De bonnes nouvelles pour des centaines de milliers d’enfants.

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