Trois questions à Philippe Meirieu, pédagogue et parrain de la Rentrée solidaire

« La Rentrée solidaire mobilise les enfants sur une action concrète de solidarité. Une telle opération représente un levier pour renouveler les pratiques pédagogiques et contribue au vivre-ensemble et à la citoyenneté des jeunes. »

Qu’est-ce qui distingue la Rentrée solidaire des autres projets pédagogiques ?

La Rentrée solidaire représente à mon sens un levier pour renouveler les pratiques pédagogiques. Découvrir un pays à travers sa culture, réfléchir aux conditions de scolarisation, s’interroger sur la notion de solidarité, c’est ouvrir des horizons pour les élèves et leur permettre de penser le monde et leur vie par eux-mêmes. Je crois qu’il y a là quelque chose de déterminant pour promouvoir l’éducation en tant que droit fondamental : une éducation qui rend libre, individuellement et collectivement.

 

Dans quelle mesure peut-on dire que la Rentrée solidaire est une opération citoyenne ?

Tout d’abord, parce que cette opération manifeste de façon concrète la solidarité, elle prouve qu’il est possible de dépasser les discours et les déclarations d’intention pour construire le vivre-ensemble. Ensuite, parce qu’elle mobilise les enfants et les jeunes, elle leur donne les moyens de trouver une place en s’engageant dans un projet dont ils sont entièrement responsables, et c’est en exerçant une responsabilité qu’on devient citoyen. Dans le contexte que nous vivons sur notre territoire, solidarité et citoyenneté sont deux valeurs qu’il est essentiel de développer pour mettre fin aux inégalités et aux discriminations de tout genre. La Rentrée solidaire apparaît comme une réponse innovante et nécessaire aux tensions d’aujourd’hui.

 

Concrètement, qu’est-ce que cette action de solidarité peut apporter au Mali ?

Au Mali, la peur s’est installée au quotidien, à cause des événements récents. Et on ne peut rien faire pour lutter contre cette peur, encore moins si on n’est pas allé à l’école pour apprendre à lire, à écrire. Il est fondamental que les enfants, qui sont les plus fragiles dans ces circonstances, retrouvent le chemin de l’école pour reconstruire la cohésion sociale et la paix. Pour ce faire, il faut entre autre du matériel scolaire, essentiel pour suivre les cours et éviter le décrochage, qui concerne aujourd’hui 1 enfant sur 2 avant le collège. Leur offrir un cahier et un crayon, c’est contribuer à les libérer de la peur.

 

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