Guerre en Ukraine : le sang et l’effroi n’ont pas de passeport [Billet d’humeur]

Cette fin de semaine de lutte et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme est une nouvelle occasion de dénoncer non seulement les dérives racistes qui persistent dans notre quotidien, mais aussi celles qui imprègnent nos relations internationales.

 

Révélés et dénoncés dès les 1ères heures de la guerre en Ukraine, de nombreux comportements racistes se produisent hélas encore et toujours, en marge de l’élan de solidarité qui se propage en Europe. Aux côtés des hashtags de soutien #Ukraine, #UkraineWar, #StandWithUkraine, nous ne pouvons ignorer les “#AfricansInUkraine” ou “#IndiansInUkraine” qui nous racontent une toute autre histoire.

 

En Ukraine, comme dans tous les pays, les Ukrainien.ne.s ne sont pas seul.e.s. Des individus de diverses nationalités vivent, étudient, travaillent, visitent, circulent. Et pourtant, certain.e.s voudraient nous faire croire que seul le peuple ukrainien est aujourd’hui victime des bombardements, que seul le peuple ukrainien mérite notre compassion.

 

À Solidarité Laïque, nous voulons réaffirmer notre soutien à tou.tes les réfugié.e.s en provenance d’Ukraine.

Nous soutenons évidemment les citoyen.ne.s ukrainien.ne.s, ceux.celles qui se battent, ceux.celles qui fuient, ceux.celles qui restent malgré tout, au péril de leur vie.

Nous soutenons aussi les citoyen.ne.s russes, en Ukraine, en Russie ou ailleurs, qui n’ont ni déclaré ni voulu cette guerre face à leurs voisin.e.s, ceux.celles qui sont victimes de la propagande, ceux.celles qui osent manifester contre cette guerre à leurs risques et périls, dans la vie réelle comme dans la vie virtuelle.

Nous soutenons enfin tou.tes ceux.celles qui n’ont pas les “bons papiers” et se retrouvent empêché.e.s de “sauver leur peau”. Souvent Africain.e.s, souvent refoulé.e.s aux frontières ou aux portes des centres d’accueil, ils.elles sont les grand.es abandonné.e.s de cette nouvelle forme de solidarité “humaniste” à deux poids deux mesures. Ces étudiant.e.s, travailleur.se.s, touristes… pourtant victimes des bombardements au même titre que les Ukrainien.ne.s sont les dernier.e.s à pouvoir fuir, les dernier.e.s à bénéficier de l’empathie et de la solidarité de l’Europe, les dernier.e.s à devoir rester contre leur gré dans un pays en guerre.

Plus largement, nous soutenons tou.tes ces “autres” qui ont aussi, alors même que leur pays était en flammes, cherché de l’aide et se sont heurté.e.s au mur de l’indifférence ou du rejet.

 

Combien de ressortissant.e.s de pays d’Afrique ou d’Asie du Sud en provenance de l’Ukraine vont devoir encore subir des différences de traitement, comme ceux.celles bloqué.e.s aux frontières ukrainiennes, pour laisser la priorité aux Ukrainien.ne.s ?

 

Syrien.ne.s, Afghan.ne.s, Éthiopien.ne.s, Yéménites, Habitant.es des Kivus, Palestinien.nes, Ukrainien.ne.s… Cette considération à géométrie variable qui fait de certaines victimes des réfugié.e.s bienvenu.es et d’autres des clandestin.es coupables est insupportable.

Quelle couleur de peau, quelle nationalité sauraient justifier le rejet inconditionnel pour les un.e.s ou l’accueil sans réserve pour les autres ?

 

Cette semaine, encore plus qu’une autre, à quelques jours des élections présidentielles françaises, nous voulons dénoncer ce racisme “humanitaire”, ce racisme d’État, qui, quoi qu’on en dise, est du racisme tout court.

Quand il s’agit de justifier pourquoi ils.elles disent non à certain.es et oui à d’autres, ces politiques, nos futur.e.s potentiel.le.s dirigeant.e.s,  manipulent des arguments spécieux, avec ou sans gêne, tout en affirmant ne pas être racistes. Et pourtant, c’est bien à un passeport, pour ne pas dire à une couleur de peau qu’ils.elles se réfèrent pour trier entre celles.ceux qui méritent un soutien inconditionnel et les autres qui seraient indignes, voué.es au rejet. D’où vient ce cynisme qui les autorise à décider de qui doit être traité ou pas avec compassion ?

Quoi qu’ils.elles en pensent ou quoi qu’ils.elles décident bon de déclarer pour des raisons électoralistes, une vie est une vie, un être humain est un être humain. Être solidaires dans les moments durs est une responsabilité intrinsèque à notre humanité. Face à celles et ceux qui attisent la haine sous couvert de solidarité dans un cas mais pas dans l’autre, l’unité est une urgence.

La France prétend être le pays des Droits de l’Homme mais force est de constater que ce titre qu’elle s’octroie elle-même lui parait être un argument suffisant l’autorisant à commettre toutes les atteintes à ces droits. Cette attitude schizophrène, hypocrite, cynique, qualifions-la comme on peut, est inacceptable. La solidarité ne saurait être fonction de la couleur de peau ou de la nationalité, le respect du droit international et des droits fondamentaux non plus.

 

C’est l’histoire d’un.e Ukrainien.ne, d’un.e Malien.ne et d’un.e Rom, fuyant la guerre ou la misère. Qui est refoulé.e à nos frontières, renvoyé.e mourir ailleurs ou réduit.e à une survie indigne sous une tente insalubre ?

Vous connaissez la réponse, ce n’est pas une devinette, c’est du racisme.

Guerre en Ukraine : le sang et l’effroi n’ont pas de passeport.

 

   

 

Alain Canonne, Délégué général de Solidarité Laïque.

 

 

Maïté Bernier, Responsable de la communication de Solidarité Laïque.

 


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