Haïti face au coronavirus : prévenir la catastrophe et préparer un monde plus juste

Haïti vient de compter son premier mort du Coronavirus. Comment ce pays si souvent victime de catastrophes, se prépare-t-il pour résister à la pandémie. Découvrez une tribune de Junior Mercier, coordinateur national de Solidarité Laïque Haïti.

Jusqu’au 19 mars 2020, Haïti faisait partie de l’un des heureux et très rares pays à être épargné par le nouveau coronavirus. Mais la nouvelle qui fait peur est tombée, le virus s’est infiltré. Dans ce pays trop habitué aux catastrophes, il n’y aura pas de dernière danse avant le confinement.  Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) a déjà élaboré un plan de préparation et de réponse à ce virus, qu’il peine cependant à mettre en place, faute de moyens. Aggravées par les nombreux locks (arrêts) de 2018 et 2019, les conditions de vie en Haïti deviennent de plus en plus difficiles.

Avec plus de 4 millions d’habitants en insécurité alimentaire, la fermeture des frontières pour préserver le peuple haïtien de la pandémie risque de générer une multitude d’autres perturbations critiques. Ainsi, la crise sera sanitaire si la pandémie s’aggrave. Des médecins ont déjà alerté sur la quasi-inexistence de soins intensifs adaptés en Haïti au nouveau coronavirus. À l’heure du coronavirus, des hôpitaux sont en grève et des médecins fuient les centres hospitaliers, car il n’y a pas de matériel adapté pour prendre soin des cas confirmés. La crise sera aussi alimentaire, car, important entre 4 et 5 milliards de dollars américains (source) principalement des États-Unis et de la République dominicaine, le pays se trouvera dans l’impossibilité de constituer des stocks pour nourrir sa population. Le spectre de la pénurie nous guette donc, pandémie ou pas.

Vivant au jour le jour, les familles haïtiennes ne pourront pas demeurer en confinement. Même durant les locks de 2018 et 2019, les marchandes passaient sous les tirs et les barricades pour reconstituer leurs stocks de marchandise. Le black-out qui sévit ordinairement dans ce pays interdit de conserver de la nourriture dans les réfrigérateurs. De ce fait, même les familles les plus aisées (et elles se comptent sur les doigts) devront sortir acheter de la nourriture, ou tout moins, le carburant à mettre dans les génératrices pour conserver la nourriture dans les réfrigérateurs. Beaucoup craignent que dans le cas d’Haïti, ce ne soit un schéma « tout le monde dans les rues, les plus forts survivent » qui soit adopté au détriment d’un confinement préventif pour prévenir la hausse des cas confirmés. Comme on le sait maintenant, les pays qui adoptent le confinement au plus tôt font moins de morts.

 

Le COVID-19 et l’école haïtienne

La rentrée scolaire pour l’année 2019-2020 a été retardée de 3 mois, à cause des troubles politiques. À peine revenus à l’école en janvier 2020, certains élèves ont déjà perdu plusieurs jours de classes, à cause de la guerre des gangs et de la recrudescence des cas de kidnapping. Pour l’école haïtienne, le nouveau coronavirus constituera un nouveau lock sur le territoire haïtien, la pandémie franchit nos frontières.

L’école suspendue jusqu’à nouvel ordre, les cours ne peuvent se dispenser en ligne. Très peu d’institutions scolaires sont préparées au télé-école et la précarité même de la situation empêche les parents de fournir aux enfants les outils que nécessite une scolarisation en ligne. La priorité est de rester en vie, tout simplement ! Ce sera donc de nouveaux mois perdus sur l’année scolaire qui, en principe, dure 3 trimestres. Des mois, qu’à ce stade, les élèves ne pourront plus rattraper, même s’ils passent tout l’été en salle de classe.

 

À l’école du COVID-19

Mais tout n’est pas noir avec le nouveau coronavirus. À l’heure où la pollution diminue considérablement parce que les moteurs favorisant le changement climatique ont cessé de tourner, il est temps de poser un regard différent sur une catastrophe mondiale qui peut produire du bien. En effet, beaucoup d’idées discriminatoires se diffusent dans le monde. Dans beaucoup de pays, l’égalité des sexes est une notion encore taboue, le droit à la migration qui est un droit fondamental de l’homme est bafoué pour beaucoup de gens. Certains traits intrinsèques qui définissent une humanité faite de différence et de complémentarité deviennent ainsi des « tares » : être homosexuel, être noir, être femme … être haïtien !

Le nouveau coronavirus nous montre qu’à tout moment les discriminés peuvent changer de camp, et qu’un super puissant qui dirige le monde d’une main de fer peut tomber à l’échelle du plus humble des hommes. Il peut devenir à son tour le discriminé, celui dont on ne veut pas à tout prix s’approcher, celui qui n’a pas droit à la bise du jour, celui qu’on retient aux frontières, celui qui meurt au coin de la rue par faute d’assistance. Le monde est devenu une vaste chambre de quarantaine pour un virus qui se fiche de votre sexe, de votre compte en banque, de votre couleur de peau, de vos affiliations. Le COVID-19 nous apprend à demeurer solidaires, car nos différences rendent le monde plus beau. On n’est pas tous bleus et c’est très bien ainsi ! Le COVID-19 nous apprend à nous arrêter pour souffler un peu et revenir vers les vraies valeurs : le temps passé en famille, la solidarité entre voisins et entre peuples, l’importance de la réelle proximité, l’appartenance, le respect. Le monde paie le prix fort pour apprendre une leçon vitale : nous sommes toutes et tous interdépendants ! En 2010, il a fallu plus de 300 000 morts pour apprendre cette vérité aux Haïtiens. 10 ans plus tard, apprenons bien vite cette leçon pour créer un monde plus solidaire.

 

Junior Mercier, Coordinateur national de Solidarité Laïque Haïti

 

“Lave, Lave tes mains ! Reste à la maison !” En Haïti, des enfants utilisent les cerfs-volants pour faire des messages de prévention. Cela leur permet de s’amuser pendant cette période où ils sont séparés de leurs amis a cause de la fermeture des écoles. Cette activité permet de sensibiliser un grand nombre de personnes, puisque beaucoup ne disposent pas d’une connexion internet en Haïti. 

 

L’ensemble de l’équipe en Haïti : 


A propos de Solidarité Laïque Haïti :

Solidarité Laïque intervient en Haïti depuis 25 ans avec le soutien de l’Agence Française de Développement pour favoriser l’accès à l’éducation. 9 écoles sur 10 sont encore privées et 500 000 enfants ne sont toujours pas scolarisés. Depuis 2018, Solidarité Laïque dispose d’une antenne Solidarité Laïque Haïti. Dans ce contexte déjà fragile, la pandémie risque d’accentuer les inégalités.

L’équipe de l’antenne Solidarité Laïque a été placée en télétravail.

 

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