“La laïcité est devenue un prétexte pour stigmatiser la communauté musulmane”

Alors que la polémique enfle autour d'un hijab vendu par Décathlon, retour en vidéo avec Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité sur les idées reçues et instrumentalisations de la laïcité.

 

Pour certains, la laïcité est devenue un prétexte pour stigmatiser nos compatriotes de culture ou de religion musulmane. C’est très clair dans le discours du Front National. On ne dit plus “arabe”, on dit “musulman”. On ne dit plus “immigré”, on dit “musulman”. C’est frappant de voir, même si cela s’est calmé, que le Front National était la formation politique qui parlait le plus de laïcité, mais dans un sens complètement dévoyé et manipulé. Cela arrive encore de temps en temps. Et nous, nous avons encore à rappeler à l’Observatoire que la laïcité permet la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de changer de religion et la liberté de pratiquer son culte, quelle que soit sa conviction et quel que soit son culte. Et que les limites, c’est l’ordre public, ne pas troubler le fonctionnement collectif, la liberté d’autrui, ne pas faire pression sur autrui, ne pas porter atteinte à sa liberté. Quand le Conseil d’Etat rappelle que les mairies sont des bâtiments neutres, où ne doivent s’exprimer aucune préférence religieuse – neutres dans ce sens-là, la religion a sa place ailleurs mais pas dans les mairies – et par conséquent condamne l’introduction de crèche dans les mairies. On entend des responsables politiques dire : “Voilà, on va remplacer le christianisme par l’islam. D’ailleurs on va détruire les croix dans les cimetières, les croix sur les bords des routes et on fait la place aux musulmans”. Non, il y a des maires qui ne respectent pas la loi  là où il n’y a pas de tradition, d’élément culturel, et le Conseil d’Etat l’a simplement rappelé. Mais on donne l’impression que c’est anti-chrétien. Même chose pour les prières de rue qui peuvent choquer mais elles ne sont pas interdites. Ou si elles le sont, c’est pour une raison d’ordre public, parce que cela trouble la circulation comme toute autre manifestation. Mais dans la tête d’un certain nombre de responsables politiques, les prières de rue musulmanes, c’est épouvantable ; mais les prières de rue en bordure de la Manif pour tous, c’est très respectable. L’une et l’autre ont le droit d’exister, que ça plaise ou pas, sauf si elles troublent l’ordre public. Donc on est constamment dans cette attitude qui est très dangereuse car cela génère un sentiment d’exclusion et pour un certain nombre de jeunes un repli identitaire. “Puisqu’on ne me reconnaît comme citoyen à égalité et à part entière, alors je vais me réfugier sur ce qu’est mon identité que je vais peut-être surreprésenter, mon identité de culture ou de religion musulmane, ce qui est leur droit strict pourvu qu’il ne trouble pas les autres mais qui est un appauvrissement par rapport à notre identité qui est d’abord citoyenne. Nous sommes des citoyens, des citoyennes à égalité de droits et de devoir avant d’être des musulmans, des athés, des agnostiques, des juifs…etc.

 

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