Nous ne renoncerons pas !

Un crime abject a bouleversé nos âmes et jusqu’à nos chairs le vendredi 16 octobre. Un enseignant, un « prof », un collègue se faisait lâchement assassiner pour avoir exercé son métier, fait son devoir, tenu son programme scolaire et avoir voulu expliciter la liberté d’expression à ses élèves avec des supports d’actualité.

Non cet attentat n’a pas tué au hasard, il a tué un enseignant, Samuel Paty, mais à travers lui il a visé l’éducation. Tou.te.s les éducateur.rices, les enseignant.e.s, les lumières, ceux.celles qui éclairent nos enfants.

C’est le sens du métier qu’on assassine, aujourd’hui en France où on peine à réaliser que cet impossible est réel, un enseignant décapité à la porte d’un collège de région parisienne… en 2020 !

Et pourtant dans le monde, l’éducation, des enseignant·e·s et des élèves sont menacé·e·s  tous les jours par des actes terroristes, fanatiques et cela entrave le Droit à l’éducation.

Au Pakistan, en Afghanistan, au Kenya, au Nigeria, au Burkina Faso… Dans les pays en crise, dans les pays  fragiles, l’Éducation est régulièrement visée par des attaques extrêmement violentes. Rien qu’entre janvier et juillet 2020, 90 attaques ont été signalées contre les écoles dans la zone sahélienne.  Tous les jours, des enseignant·e·s et des élèves sont victimes de menaces, sont enlevé·e·s sur le chemin de l’école ou en classe, des écoles sont incendiées, pillées et utilisées à des fins militaires. 

La peur ne doit pas changer de camp. Ce sont les terroristes qui ont peur de l’éducation !

C’est une vieille histoire : l’ignorance est l’arme des fanatiques et des totalitarismes qui brûlent des livres, ciblent des intellectuel·le·s, endoctrinent les enfants, censurent les programmes scolaires et réécrivent l’Histoire.  

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », disait Mandela, victime de la ségrégation raciale et symbole de la lutte contre l’oppression. Oui, l’éducation est un outil puissant qui apprend à raisonner, à penser par soi-même, qui émancipe, forme des citoyen·ne·s libres et conscient·e·s et transforme les Hommes qui transforment le monde pour plus de justice, d’altérité et de fraternité.

Enseigner, transmettre, ex-ducere (éduquer « conduire hors » de soi…) est un métier qui demande courage, engagement et abnégation. Il demande de se remettre en question quotidiennement, de se décentrer, de se mettre à hauteur de chaque regard… de faire dialoguer les doutes et les intelligences. Le risque serait le renoncement. Pourtant force est de constater dans notre pays la difficulté grandissante d’enseigner certains sujets.

 

Le mercredi 21 octobre, une grande partie de la population française s’est ralliée pour dire « Je suis Samuel » autour d’un hommage national légitime et nécessaire.

Mais l’hommage passé, que restera-t-il dans quelques semaines, quelques mois ?

Si les enseignant·e·s défendent les valeurs de la République, la République défend-t-elle la valeur de l’éducation et des enseignant·e·s dans ce pays ?

Lutter contre le terrorisme, contre l’Islam radical passe aussi par une politique publique d’éducation ambitieuse pour servir le droit de tous à une éducation de qualité, pour favoriser la mixité sociale et l’apprentissage du vivre-ensemble, pour permettre une vraie égalité des chances, conformément aux exigences de la République. Or, il faut constater un abandon de l’éducation publique et populaire depuis de nombreuses années par les gouvernements successifs … 

Face à cet abandon, beaucoup d’enseignant·e·s et d’éducateur·rices se retrouvent seul·e·s et enseignent, transmettent dans des conditions difficiles. Sans comparer les raisons et les échelles de violence, il y a tout juste un an le suicide de Christine Renon, une directrice d’école, rappelait la détresse vécue par de nombreux·ses enseignant·e·s.  

Il faut dénoncer cette banalisation de la violence issue des radicalismes de la pensée, cultuels mais aussi culturels, miroirs des maux de notre société, qui pénètrent jusque dans l’École. Il faut dénoncer cette violence institutionnelle infligée à la profession : réprobations internes, externes, de la part des familles, manque d’accompagnement et de soutien de leurs hiérarchies mais aussi dénigrement de la classe politique … Une violence renforcée par la lâcheté des lynchages sur les réseaux sociaux, la désinformation et les fausses rumeurs virtuelles… 

Il est fondamental de protéger les enseignant·e·s, et l’ensemble de la communauté éducative,  en reconnaissant leur rôle et leur valeur   auprès de la société et en améliorant les conditions d’exercice et en revalorisant la profession. .

Pensées à un collègue et un camarade tué en 2020 par un fanatique car il n’avait pas renoncé à enseigner et parler de tout avec ses élèves…

Salutations vigoureuses à tou·te·s ceux·celles qui transmettent la paix, le dialogue mais aussi les savoirs, les sciences et l’esprit critique.

Enseignant·e·s, éducateur·rices, animateur·rices, associations complémentaires de l’éducation, nous sommes forts de nos valeurs et de notre conviction que seule l’éducation est le rempart contre l’obscurantisme et à la terreur nous répondrons toujours par l’éducation à la liberté et l’accompagnement de tous à la citoyenneté.

Nous ne renoncerons pas !

 

Carole Coupez, enseignante d’histoire géographie détachée à Solidarité Laïque, Déléguée Générale Adjointe

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