Privées d’éducation aujourd’hui, quels seront leurs droits demain ? 

La pandémie a fait reculer les droits des femmes : elles sont plus nombreuses à être victimes de violences et de discriminations. Si les Etats ne se mobilisent pas, nous risquons de condamner des générations entières. Décryptage. 

La crise pandémique n’a pas manqué de révéler les vulnérabilités et même aggraver les inégalités en termes d’exposition à la maladie, de baisse de revenus et de pertes d’emplois. Les plus vulnérables, en particulier, les femmes et les filles, assumeront les retombées sociales et économiques négatives des mesures de confinement, de restrictions de déplacement et d’isolement social. Car priver des jeunes filles et des femmes d’éducation aujourd’hui, c’est en condamner de nombreuses à la pauvreté et à un accès restreint à leurs droits.

Quel sera l’avenir des 11 millions de filles qui ne retourneront pas à l’école ?

Que peut-il arriver à une jeune fille comme Miranda qui vit en République Démocratique du Congo et qui a été privée d’école durant 29 semaines ? Nous connaissons les risques encourus  : exposition aux violences sexuelles, intrafamiliales et sociales, méconnaissance de ses droits, risque de mariage forcé et de grossesse précoce et, enfin une interruption définitive de sa scolarité, avec l’impossibilité de bâtir les conditions économiques favorisant son autonomisation économique et son émancipation individuelle  … 

Selon les estimations de l’UNESCO, et malgré les mesures qui ont été prises dans la plupart des pays pour tenter de maintenir le lien avec les élèves, 11 millions de filles pourraient ainsi ne jamais retourner à l’école du fait de la pandémie.  Une régression inacceptable  quand on considère les progrès réalisés durant les 25 dernières années où le taux de  scolarisation des filles est passé de 73 % à 89 %. Cela aboutira à un recul inévitable des Objectifs de Développement durable. 

Prévenir  le mariage précoce et les violences et protéger les filles et leur droit à l’éducation 

Au Tchad,  au Niger, au Burkina Faso ou au Ghana, en Inde, au Vietnam, au Pakistan ou en Indonésie et un peu partout dans de nombreux pays de l’Afrique et de l’Asie, les jeunes filles sont victimes du mariage précoce. Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), au moins 4 millions de filles supplémentaires risquent d’être mariées dans les deux prochaines années. Ces filles se retrouvent exposées à des relations sexuelles non consenties dès 12 ans, voire 10 ans, elles doivent abandonner l’école, ce qui les rend encore plus vulnérables. Aider les jeunes filles à poursuivre leur éducation est une responsabilité prioritaire des Etats pour renforcer la protection des enfants.

Car les chiffres arlamants concernant les droits des femmes doivent nous mobiliser : violences conjugales, domestiques, sexuelles, travail précoce, mariage précoce et/ou forcé, harcèlement sexuel et exploitation sexuelle ont augmenté depuis le début de la pandémie. Les appels d’urgence de femmes victimes de violence ont été multipliées par 5 dans certains pays, selon le rapport du Rapport du Secrétaire général des Nations Unies. Par ailleurs, du fait de la difficulté d’accès aux soins durant la pandémie, 7 millions de grossesses supplémentaires auraient déjà été constatés  L’ONU Femmes a ainsi parlé d’une “pandémie en parallèle”, appelant à lutter au plus vite contre ces violences.

L’éducation, un levier pour l’émancipation et la dignité des femmes

Comment agir contre ces inégalités persistantes qui condamnent de nombreuses jeunes filles et femmes à l’exclusion et les exposent aux violences ? L’accès à l’éducation, la capacité de lire, d’écrire, de connaître son histoire, de prendre la parole, d’influer sur les décisions prises pour soi et pour les autres et de prendre sa place dans la cité constituent évidemment une clé essentielle. Pour cela, les Etats doivent mobiliser les moyens nécessaires à la scolarisation de toutes et tous. 

Mais la réponse se trouve aussi dans la sensibilisation à l’égalité, qui peut être menée dès le plus jeune âge autant auprès des filles que des garçons, mais aussi des parents. Le travail sera encore long pour vaincre les mentalités patriarcales et discriminatoires : adaptation des programmes scolaires, campagnes d’éducation aux droits, à l’égalité et la sexualité des filles et des garçons, pénalisation et mesures juridiques. Mais déjà, des progrès ont lieu.  De plus en plus de femmes et des jeunes filles osent aujourd’hui s’exprimer, dénoncer, revendiquer leurs droits. Et c’est là un pas majeur vers l’égalité que l’éducation a rendu possible. Ces voix sont fondamentales pour éviter les reculs en arrière sur les droits, guidés souvent par des considérations religieuses (comme l’interdiction de l’avortement en Pologne) et protéger les acquis. Elles se saisissent, comme en Tunisie aujourd’hui, de la laïcité comme un principe protecteur de la liberté de conscience qui permet l’émancipation de chacune et chacun en dehors des considérations religieuses.

Le 8 mars n’est pas une simple journée de commémoration des Droits … c’est un combat de tous les jours !  L’éducation des filles et des femmes et l’égalité des genres doivent être au cœur des actions des Etats et transversaux à toutes les politiques publiques. portons ensemble l’exigence d’égalité, de justice sociale, et d’éducation :  un véritable levier d’émancipation pour toutes et tous. 

 

Article rédigé avec Carole Coupez, Déléguée générale adjointe et Samia Frawes, Référente genre et Coordinatrice Bassin Méditerranéen à Solidarité Laïque

 

Parce qu’il est important de donner de l’écho aux femmes et aux hommes qui se battent pour un monde où l’égalité n’est pas qu’un rêve, Solidarité Laïque participe au Forum Génération Égalité. 

Le Forum est organisé par ONU Femmes et co-présidé par la France et le Mexique. Il marque à l’échelle mondiale le 25e anniversaire de la Quatrième conférence mondiale sur les femmes et de l’adoption à portée historique de la Déclaration et le Programme d’action de Beijing. Ce temps fort de l’engagement des défenseures et défenseurs de l’égalité entre les femmes et les hommes de tous les horizons (gouvernements, société civile, secteur privé, entrepreneurs, syndicats, artistes, universitaires et personnes influentes) sera à l’origine d’un débat public mondial sur la nécessité d’une action urgente et d’une responsabilisation de tous les acteurs en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

En savoir plus : https://www.unwomen.org/fr/get-involved/beijing-plus-25/generation-equality-forum 

 

 

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