Quand l’émancipation des femmes bouscule les habitudes

Déconstruire les préjugés : c’est ainsi que Gertrude Ouedraogo agit pour l’éducation et l’insertion professionnelle des filles au Burkina Faso. Elle nous livre son mode d’emploi pour « former des rebelles ».

« Au Burkina Faso, malgré les gros progrès en matière de scolarisation, l’éducation des filles ne va toujours pas de soi  », se désole Gertrude Ouedraogo, qui travaille pour le PRODERE-AO (Programme de Développement des Réseaux pour l’Education en Afrique de l’Ouest). Seule 1 fille sur 2 fréquente le cycle primaire et lorsqu’elles atteignent 18 ans, les parents s’opposent à leur formation pour les marier : « c’est une bouche de moins à nourrir et les familles comptent sur la dote », explique Gertrude. «  Mais au-delà de l’argument économique, il s’agit surtout d’une question culturelle. Et là, nous pouvons agir. »

Déconstruire les préjugés

En milieu rural, des campagnes de sensibilisation ont été menées pour le respect des droits des femmes et leur émancipation. « On profite des groupements villageois, qui ont lieu tous les trois jours, pour s’adresser aux parents. » L’objectif : comprendre leur position pour déconstruire les préjugés qui font obstacle à l’éducation et à l’insertion professionnelle des filles. « Par exemple, des parents pensaient que si les filles travaillent, elles ne s’occupent plus de leur famille. Nous leur avons alors montré les chiffres, qui prouvent le contraire.  » Une femme éduquée, en effet, peut mieux subvenir aux besoins de sa famille, notamment en matière de santé.

« Vous formez des rebelles ! »

« L’émancipation des filles passe d’abord par leur propre sensibilisation à leurs droits pour qu’elles puissent s’en emparer  », affirme Gertrude. A l’issue de ces séances d’information, elles sont plusieurs à revendiquer une formation. Les associations de PRODERE-AO les accompagnent alors dans le dialogue avec leurs parents et dans leur apprentissage jusqu’à l’insertion professionnelle. « Notre objectif étant qu’elles trouvent un emploi, nous leur proposons des formations recherchées sur le marché du travail, comme garagiste ou électricienne. Ce sont des métiers genrés, mais tant pis : c’est une étape qu’il faut de toute façon envisager, comme le prouver l’exemple français. »

S’inspirer des initiatives qui fonctionnent

Partant du constat qu’elles rencontrent les mêmes difficultés à mettre en œuvre le droit à une éducation de qualité pour toutes et tous, les associations membres duPRODERE-AO travaillent dans l’échange de bonnes pratiques. « Ce qui fonctionne ici peut inspirer les solutions d’ailleurs, commente Gertrude. Partager nos expériences permet aux petites associations locales de grandir et de mener des actions plus efficaces sur le terrain.  » Un programme ambitieux qui met en réseau plus de 150 organisations des sociétés civiles béninoise, malienne, sénégalaise, burkinabé, nigérienne et française pour construire ensemble une meilleure gouvernance de l’éducation.

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