Marchandisation de l’éducation : les investisseurs doivent cesser leur soutien à Bridge International Academies

88 organisations, parmi lesquelles Solidarité Laïque, demandent aujourd’hui aux investisseurs de cesser leurs soutiens aux quelques 500 écoles de la Bridge International Academy. En cause ? Leur impact des plus négatifs sur le droit à l’éducation dans le monde.

Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui, 88 organisations de la société civile ont appelé les investisseurs de Bridge International Academies (BIA) à cesser leur soutien à la chaîne américaine d’écoles privées à but lucratif, qui gère plus de 500 écoles au Kenya, au Libéria, au Nigéria, en Ouganda et en Inde.

La société privée Bridge International Academies (BIA), filiale de l’entreprise américaine NewGlobe Schools Inc., déploie un modèle de chaîne d’écoles à bas coût dans les pays pauvres, dont les pratiques contreviennent aux normes admises pour une éducation de qualité.

 

Un modèle ayant un impact négatif sur le droit à l’éducation de milliers d’enfant

Les organisations attirent l’attention des investisseurs sur une série de pratiques préoccupantes de BIA. Ces pratiques incluent le manque de transparence, les mauvaises conditions de travail et le non-respect de la primauté du droit dans les pays d’accueil. Les investisseurs de BIA comprennent des investisseurs privés notoires tels que l’Omidyar Network, la Zuckerberg Education Ventures et Bill Gates, et les agences publiques d’investissements des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Norvège, des Pays-Bas et l’Union Européenne. Selon la lettre, BIA a agi au mépris du droit et a un impact négatif sur le droit à l’éducation de milliers d’enfants dans les pays d’Afrique et d’autres régions.

La récente décision du Ministre ougandais de l’éducation, en février 2018, de fermer les écoles Bridge dans le pays pour n’avoir pas respecté les normes minimales en matière d’éducation, de santé et de sécurité, après 18 mois de négociations avec l’entreprise, illustre le mépris de BIA pour le droit.

 

Le soutien des investisseurs privés en question

 » L’entreprise est toujours soutenue par des investisseurs étrangers qui n’accepteraient jamais une telle situation dans leur propre pays  » 

Selon Salima Namusobya, de l’Initiative pour les Droits Sociaux et Economiques en Ouganda : « Le gouvernement ougandais a négocié avec Bridge International Academies et leur a donné le temps de se conformer à la loi. Mais Bridge n’a pas respecté les normes de base et tenu ses promesses, et le gouvernement ferme actuellement les écoles illégales. Pourtant, l’entreprise est toujours soutenue par des investisseurs étrangers qui n’accepteraient jamais une telle situation dans leur propre pays. Les investisseurs seront complices de cette catastrophe s’ils ne retirent pas leur soutien. »

D’autres préoccupations documentées par diverses sources indépendantes comprennent des coûts plus élevés que ceux annoncés par l’entreprise, l’omission d’enregistrer des écoles, l’utilisation de programmes non-approuvés, le non-respect des exigences de certification des enseignants, et des impacts discriminatoires.

Des institutions publiques, telles que les Nations Unies, la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et le Comité du Développement International du Parlement Britannique ont également exprimé des préoccupations spécifiques concernant la qualité de l’éducation, les relations avec les gouvernements, le non-respect des réglementations gouvernementales, et le coût élevé de BIA.

 

La qualité de l’éducation en question

« Bridge Academies est venue dans notre pays l’année dernière, avec la promesse d’améliorer la qualité dans le cadre d’un programme gouvernemental. Mais ils n’ont réussi à améliorer les résultats que de façon marginale, à un coût astronomique, en évinçant les enseignants et en expulsant les enfants massivement. Nous espérons que ce nouvel appel et les nouvelles preuves fournies pousseront les investisseurs à agir, conformément à leurs obligations de diligence raisonnable de cesser de soutenir les opérations de BIA », a déclaré Anderson Miamen, de la Coalition Libérienne sur la Transparence et la Responsabilité dans l’Education.

Les organisations signataires demandent aux investisseurs de sortir dans les plus brefs délais de leur investissement dans BIA, y compris les investissements via des intermédiaires, et de s’acquitter pleinement de leurs obligations en matière de diligence raisonnable et responsabilités, en ne prenant aucun autre engagement financier auprès de BIA.

 » Les investisseurs privés ont un rôle à jouer dans l’amélioration de l’infrastructure et des services éducatifs. Cependant, cela ne signifie pas qu’ils peuvent violer nos lois et nos normes, et traiter leurs enseignants ou les parents d’une manière indigne et irrespectueuse. « 

« Cela ne serait jamais permis en occident, pourquoi devrions-nous l’autoriser ici ? Les investisseurs étrangers qui ajoutent de la valeur à notre pays sont les bienvenus, mais ceux qui soutiennent des entreprises illégales qui portent atteinte au droit à l’éducation ne le sont pas », a réagi Linda Oduor-Noah de l’East African Centre for Human Rights.

Cette lettre arrive sept mois après un Appel aux investisseurs de Bridge International Academies du 1er août 2017 appelant les investisseurs à cesser leur soutien à BIA.

 

Télécharger le communiqué de presse en français

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