Guinée : « On arrête les mariages forcés en pleine cérémonie »

Comment lutter contre les mariages forcés ? Du haut de ses 19 ans, Hadja Idrissa Bah a sa petite idée sur la question. Cette jeune activiste est présidente et fondatrice du club des jeunes filles leader de Guinée. Un club qui lutte contre les mariages forcés et les violences faites aux femmes et aux filles. Sensibilisation, plaidoyer mais aussi actions directes, entretien avec celle qu’on appelle “la fille à foulard, briseuse de mariages forcés.”

Le Club des jeunes filles leaders de Guinée, qu’est ce que c’est ?

C’est un club qui porte la voix des filles contre la pratique des mariages forcés ou autres pratiques traditionnelles qui violent les droits des filles en Guinée. Dans ce pays, le mariage précoce des jeunes filles est malheureusement quelque chose de fréquent : plus de 22% des jeunes filles se marient avant l’âge de 15 ans et 63% avant l’âge de 18 ans. Nous luttons également contre les violences faites aux femmes et les mutilations génitales. Nous  sensibilisons les femmes à leurs droits pour qu’elle soient actrices de leur vie et du changement.

Quelles sont vos méthodes d’action ?

Au Club des jeunes filles leader de Guinée, nous en sommes convaincues : se faire entendre permet de faire avancer nos causes. Le rôle des leaders est d’encourager les filles à devenir porte-paroles. Pour nous faire entendre, nous n’hésitons pas à passer par de l’action directe : en cas de mariages forcés, on arrête les mariages en pleine cérémonie ! Nous sommes des briseuses de mariages forcés. Les filles, rejetées par leurs parents suite au refus de se marier, se retrouvent sans domicile, sans argent et ont des difficultés à se scolariser. Nous faisons au mieux pour les aider et les soutenir. Nous voulons faire comprendre aux gens qu’ils peuvent être dénoncés s’ils commettent des actes de violences. C’est une victoire pour nous : ces trois derniers mois, il y a eu 15 dénonciations de mariages forcés et autant d’arrestations.

 

Est-ce que votre combat s’est suivi d’actions concrètes pour les droits des femmes en Guinée ?

Pour l’instant, notre combat est assez largement relayé en Europe mais très faible en Guinée où nous dérangeons. Par contre, le nombre de filles souhaitant être membre de l’association ne cesse d’augmenter. Nous discutons beaucoup avec les familles et nous arrivons souvent à les convaincre, c’est une vraie fierté. Des fois, certaines sont conservatrices ou traditionalistes, on observe un fossé générationnel important. Nous devons toujours adapter notre discours pour se faire comprendre et aider au mieux les jeunes filles, pour qu’elles ne soient pas rejetées par leur famille.

 

Quels sont vos objectifs pour l’année 2019 ?

En 2018, nous avons axé notre mobilisation contre les mariages forcés. En 2019, nous allons mener, une campagne de sensibilisation autour de l’excision et des mutilations génitales. Le soutien des médias sera déterminant, et particulièrement les chaînes d’information télévisées comme France 24 ou TV5 qui influencent souvent les décisions politiques – qui peuvent même faire pression. Pour acquérir davantage de légitimité, il est impératif que l’association se structure, s’organise et qu’elle dispose d’un local. Pour pouvoir intervenir rapidement en cas de violences, faites aux femmes, nous souhaitons mettre en place un numéro vert. Enfin, pour prévenir les excisions et faire bouger les mentalités, nous sommes entrain de réaliser, avec le soutien de Solidarité Laïque, un film sur l’excision.

 

Solidarité Laïque a soutenu la production d’un film de sensibilisation aux droits des filles :

 

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