« Si elle veut avancer, la Tunisie doit réduire les inégalités. »

Comme beaucoup de jeunes diplômés en Tunisie, Zied est resté longtemps au chômage. Déterminé à contribuer à l’évolution de son pays, il a créé l’association Victoire pour la femme rurale, qui se mobilise au sein du programme "Soyons Actifs/Actives" pour lutter contre les inégalités. Interview.

Pourquoi avoir choisi de lutter pour les droits des femmes rurales alors que vous étiez vous-mêmes victimes des inégalités et du chômage ?

Mon souhait, comme celui de beaucoup de jeunes Tunisiens, était de contribuer à l’évolution de mon pays en y construisant une démocratie plus participative. Cela commence par la réduction des inégalités pour améliorer le vivre-ensemble. Si la jeunesse compte certes parmi les populations défavorisées, près de 8000 associations en leur faveur ont été créées depuis la révolution. Les femmes qui travaillent dans le secteur agricole, qui représentent la plus grande force ouvrière du pays, sont en revanche oubliées des politiques de développement et de la société civile. Nous avons donc choisi de concentrer nos efforts à Sidi Bouzid, d’où sont issus 33 % de la production nationale.

 

Concrètement, quelle est la situation de ces femmes et comment travaillez-vous à son amélioration ?

Nous avons commencé par piloter une enquête de terrain sur la situation des femmes et nous avons constaté que leurs droits ne sont pas respectés, tant en termes de citoyenneté que d’accès à l’emploi. Plusieurs explications à cela : ignorantes elles-mêmes de leurs droits, elles ne peuvent les défendre ; le manque de contacts et de compréhension des rouages des administrations est également un frein. D’où notre plan d’action : mettre en place des programmes de sensibilisation pour qu’elles soient informées de leurs droits et du fonctionnement des institutions ;  faciliter leur dialogue avec les organismes sociaux qui peuvent les accompagner et les soutenir. Ce sont des actions très concrètes qui ont pour objectif de « faire avec » plutôt que de « faire pour » pour que les Tunisiennes deviennent actrices de leurs droits, de leur avenir et de la vie collective.

 

Les réseaux associatifs foisonnent en Tunisie. Pourquoi avoir choisi de rejoindre le programme « Soyons actifs/actives » ?

Le programme « Soyons actifs/actives » fonctionne autour d’un mot d’ordre : concertation. Contrairement à ce que l’on peut observer ailleurs, ici,  l’humain est au cœur de la coopération et la  co-construction des projets est au coeur de la démarche. Je constate que c’est grâce à cette dynamique que « Soyons actifs/actives » perdure là où les autres s’essoufflent. Partager et échanger avec d’autres acteurs est essentiel car c’est ensemble que l’on grandit et c’est dans la diversité que l’on on se forme pour devenir plus forts. C’est le principe même de la démocratie !

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