Liban : “ l’important c’est de garder le contact avec les enfants “

Au Liban, Solidarité Laïque soutient le centre éducatif géré par l’association Tadamoun Wa Tanmia qui accueille une quarantaine d’enfants, de jeunes et d’adultes en situation de handicap. Dans ce pays, où le contexte politique est très instable, la pandémie risque de renforcer les inégalités. Entretien avec Jamal Chouaib, présidente de Tadamoun Wa Tanmia.

Où en est le Liban dans la gestion de la pandémie ?

La situation se dégrade à grande vitesse. C’est la double peine entre la faillite de l’Etat et le Covid-19.  Quasiment tout est fermé et nous nous inquiétons de la crise sanitaire à venir avec des manques de moyens humains et matériels, qui, déjà du fait de la crise économique, se faisait sentir bien avant l’arrivée du Covid 19. Sur le plan économique, notre monnaie locale continue de se dévaluer à grande vitesse, ce qui divise la valeur de nos salaires par 3. Cela va être très difficile pour les familles les plus modestes que nous côtoyons et il va falloir trouver les moyens de les accompagner. A cela s’ajoute des vives tensions politiques. Le pouvoir en place a limité les libertés : interdiction de manifester, interdiction de rassembler. Cela ne fonctionne pas puisque les manifestations ont repris jeudi dans le pays et ont été durement réprimées.

 

Votre association TWT gère un centre éducatif qui accueille des enfants handicapés. Comment vous êtes-vous organisés ? 

Notre centre Les Jardins de la Paix est fermé depuis le début du confinement, qui a démarré début mars. Nous avons vite réagi pour nous préparer à sa mise en place car nous nous sommes rendu compte que la situation allait durer longtemps. Quand on s’occupe d’enfants en situation de handicap, l’accompagnement à distance est compliqué mais indispensable. Le nécessaire a été fait pour pouvoir rester en contact avec la grande majorité des enfants et leurs familles.

 

Comment réussissez-vous à assurer une continuité éducative ? 

La décision qui a été prise de donner des cours à distance comme en France n’est pas applicable ici. La quasi-majorité des familles que nous côtoyons ne sont pas équipées pour cela. Les cours à distance dans les écoles ne sont quasiment pas assurés, manque de formation des institutrices et instituteurs, manque matériel… Pour les familles ne disposant que de moyens de communication limités, nous échangeons au téléphone. Ces solutions ne nous satisfont pas, mais pour le moment cela nous aide à garder le contact et le lien et c’est essentiel. Nous sentons que les enfants porteurs de handicaps mentaux dont nous nous occupons vivent très mal cette situation car ils sont privés de leurs repères, d’un espace bienveillant et sécurisé que constitue les Jardins de la Paix. Le fait de maintenir un contact régulier avec eux permet néanmoins de les rassurer et d’éviter d’éventuelles décompensations.

Pour les familles disposant de moyens de contact, nous échangeons avec elles régulièrement. Il est important que les enfants et jeunes sentent que nous restons à leur écoute et que nous les accompagnons en ces périodes de chamboulement pour eux. Ils ont aussi besoin d’être rassurés sur la reprise après le confinement et de savoir que nous avons hâte de les retrouver et que nous nous y préparons.

Pour les soutenir à distance, notre équipe propose des activités pédagogiques et envoie des photos d’activités passées pour que les familles et les enfants puissent s’y retrouver et que le temps leur semble moins long. Nous insistons aussi beaucoup sur la prévention en rappelant les gestes barrières et surtout nous les encourageons fortement à continuer de bien rester confinés. Nos publics sont en effet plus vulnérables que d’autres et doivent à tout prix éviter d’être contaminés par le Covid-19.

 

Comment cela se passe pour l’équipe d’animateurs du centre ? 

Nous nous réunissons régulièrement en équipe par visioconférence ou au téléphone pour faire des points de situation et d’évolution et préparer dans de bonnes conditions  la réouverture du centre. Nos animateurs sont très motivés et ont hâte de pouvoir reprendre le magnifique travail qu’ils accomplissent au quotidien avec les enfants et les jeunes. Notre équipe tient le coup moralement car nous avons votre soutien et votre solidarité.

 

En 2016, Safy nebbou avait réalisé un film sur le centre Tadamoum Wa Tanmia :

DÉCOUVRIR LA MOBILISATION DE SOLIDARITÉ LAÏQUE 

 

Propos recueillis par Morgane Bages, chargée de communication

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