Ces femmes tunisiennes qui portent la révolution de l’égalité

Membre du programme franco-tunisien de lutte contre les inégalités depuis 2017, l’ATFD - Association Tunisienne des Femmes Démocrates - transforme le quotidien de centaines de femmes chaque année. La lutte contre l’obscurantisme et pour l’émancipation est un combat militant porté bien avant la révolution par ces femmes ordinaires.
« Les femmes victimes de violences directes sont souvent aussi victimes de violences économiques et sociales », lance Marwa Meju, coordinatrice des actions de prévention envers les femmes à l’ATFD et partenaire du programme Soyons actives actifs que coordonne Solidarité Laïque en Tunisie. Une analyse qui explique pourquoi il est nécessaire d’apporter aux femmes battues ou harcelées un soutien juridique et psychologique mais aussi de les éclairer sur leurs droits. « Beaucoup de celles qui viennent nous trouver dans les guichets d’écoute n’ont pas de lien social. Il faut les aider à comprendre que ce qu’elles subissent est condamné par la loi et à les sortir de leur isolement.»

 

La question des femmes est centrale pour le développement du pays

 

Ce travail de sensibilisation constitue un des axes forts de l’action portée par cette association féministe créée bien avant la chute de Ben Ali, en 1989. C’est forte de cette expérience militante, que l’ATFD a décidé de rejoindre le programme Soyons actifs actives voilà deux ans. « La question des femmes est centrale pour le développement du pays, poursuit Marwa Meju. La Tunisie est un des pays au monde où les femmes sont les moins rémunérées. 73 % d’entre elles n’ont pas de congés payés ni de contrat de travail, 44 % d’entre elles travaillent de l’aube à tard le soir, sans repos ni vacances. Près de la moitié d’entre elles dépendent administrativement de leur mari pour consulter un médecin.  Quant au chômage, ce sont les femmes qui sont touchées les premières, avec un taux supérieur à 25 %, contre 15 % pour les hommes. »   En 2018, ce sont 500 femmes qui ont bénéficié directement de ce travail porté par l’ATFD. Soit 200 de plus qu’en 2017 et 2016, signe peut-être que les femmes franchissent plus facilement le seuil de ce silence parfois mortel ? « On l’espère ! Nous poursuivons en tout cas cette sensibilisation, y compris dans les zones les plus reculées du pays. »

 

Le droit à la dignité et à l’émancipation pour tous et toutes

 

Autre axe d’intervention, l’aide à l’insertion professionnelle :  techniques de recherche d’emploi, information sur l’économie sociale et solidaire, soutien direct aux projets professionnels. « A Jenna, dans le sud tunisien, des femmes se sont fédérées pour exploiter une oasis qui était gérée par l’Etat. En 3 ans, elles ont triplé les bénéfices. Une partie de cet argent a été réinvesti dans la création d’une école, la réhabilitation de l’hôpital et bien sûr a permis à chacune d’améliorer un peu ses conditions de vie. »  Un combat qui n’aurait pu être remporté sans l’union de ces énergies au service d’une même cause : le droit à la dignité et à l’émancipation pour tous et toutes. Chaque jour 350 bénévoles et 15 salariés y œuvrent, avec l’ardeur de lionnes dotées de la patience si nécessaire pour conduire le changement. Prochaine étape : la loi pour l’égalité de l’héritage entre filles et garçons, qui a déjà été vidée de son contenu par les partis réactionnaires. « Solidarité Laïque et le collectif des 83 organisations membres du programme entendent bien répondre présents dans ce combat essentiel pour l’égalité des femmes et des hommes», conclut Ahlem Bousserwel, directrice du programme Soyons actifs actives.

 

Pour aller plus loin :

” Khadija Chérif et l’égalité dans l’héritage en Tunisie “. Entretien, par Hejer Charf via MediapartBlogs

 

Solidarité Laïque et la promotion de l’égalité des genres :

 

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