Attention : risque majeur de privatisation de l’éducation mondiale !

Avec la crise du coronavirus, de nombreux acteurs de la société civile redoutent que les “marchands de l’éducation” ne s’engouffrent dans l’opportunité offerte par cette crise. Un sujet à hauts risques qui pourrait transformer l’éducation comme un simple marché et pénaliserait une nouvelle fois les plus pauvres.
Fichier:Square Flag of the United Kingdom.svg — Wikipédia English version and Infographics 

L’UNESCO organise une Coalition mondiale pour l’éducation COVID 19 et appelle à utiliser massivement l’enseignement à distance et les moyens numériques pour garantir la transition éducative.

“ La Coalition mondiale pour l’éducation lancée par l’UNESCO vise à favoriser les possibilités d’apprentissage inclusif pour les enfants et les jeunes en cette période de perturbation soudaine et sans précédent de l’éducation. “ Elle rassemble les Etats, des organismes multilatéraux ( Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, Programme Alimentaire mondial.. ou encore Education Cannot Wait), mais aussi des acteurs du secteur privé : spécialistes du numérique et de la gestion des données.

S’il est incontestable que l’enseignement à distance fait partie des réponses à apporter à la crise, l’invitation tardive de la société civile, au-delà des entreprises, nous questionne : comment envisager « une coalition mondiale pour l’éducation » sans la communauté des apprenants et des enseignants ?

 

“ L’absence de la société civile, au-delà des entreprises, nous questionne ”

Cette pandémie est vécue comme une aubaine par les acteurs privés qui s’engouffrent dans la brèche. Parmi les entreprises sur le devant de la scène dans cette Coalition mondiale pour l’éducation : Microsoft, GSMA, Weidong, Google, Facebook, Zoom, KPMG et Coursera…La plupart d’entre eux ont déjà été condamnés pour abus de position dominante, vente de produits liés ou fraude fiscale. Cet intérêt subit des multinationales pour l’éducation suscite l’inquiétude des membres de la société civile qui redoutent que l’éducation, bien commun, devienne un marché comme un autre.

La sur- représentation du secteur privé nous pose question. Bien sûr, le secteur privé peut soutenir les efforts des Etats et partager les technologies et les d’innovations numériques dont il dispose. Cependant, il faut s’assurer que leurs apports soient régulés et remplissent bien l’objectif d’assurer une éducation gratuite, de qualité pour toutes et tous (objectif du développement durable 4). Or, rien n’est à cette heure moins certain.

 

” Quel sera le prix à payer pour l’éducation publique ? “

Microsoft, GSMA, Weidong, Zoom Video Communication, KPMG, Coursera, Google et Facebook.. Difficile de ne voir dans leur présence au sein de la Coalition Mondiale pour l’Éducation qu’un souhait philanthrope en faveur de l’éducation. Les ambitions de positionner des produits, de gagner de nouveaux bénéficiaires et à terme t des parts de marché transpirent à la lecture de leurs pedigrees. Certains de ces acteurs privés sont déjà présents sur le secteur de l’éducation, et l’ont déjà détourné en marché lucratif. Les marchands de l’éducation étaient en effet prêts, bien avant la situation actuelle, pour « vendre » du service à distance, des contenus éducatifs standardisés, des offres d’abonnement masquées derrière des annonces faussement gratuites ou promettant des entraides spéciales COVID 19.

En s’alliant dans cette coalition mondiale, les Etats, et les ministres de l’éducation en particulier, ont une responsabilité très forte de réguler ces acteurs privés pour ne pas défausser le caractère public qu’est le droit à l’éducation afin qu’il reste un bien commun et non pas un « produit », encore pire une marchandise.

 

“ La présence de ces entreprises soulève des questions éthiques et démocratiques “

Au- delà, des questions éthiques et même démocratiques sont posées par l’entrée de certains groupes dans le champ éducatif au regard de leur quasi- monopole sur le web et la gestion des flux d’informations et de médias sociaux. Selon l’Open Education Initiative, « les cours en ligne gratuits, par exemple, masquent les modèles commerciaux dans lesquels les entreprises profitent de l’exploitation des données de leurs utilisateurs pour leur proposer des produits et services, ce que l’on appelle « capitalisme de surveillance ».

Pour Solidarité Laïque et nombre de ses partenaires, le discours de la Coalition mondiale n’est pas à la hauteur de la vraie menace d’une privatisation à terme de l’éducation.

 « Bien que les intentions de l’UNESCO soient clairement admirables et nécessaires, la Coalition mondiale pour l’éducation a permis aux acteurs des technologies commerciales et à l’industrie mondiale de l’éducation de devenir une infrastructure mondiale pour l’éducation pendant et après l’épidémie de coronavirus. » souligne ainsi  Code Acts in Education.

 

Zoom : quelles sont les entreprises impliquées dans la Coalition Mondiale pour l’Education Covid-19 ?

 

Carole Coupez, Déléguée générale adjointe à Solidarité Laïque 

 

 

 

 

Solidarité Laïque participe au réseau francophone contre la marchandisation de l’éducation et au Consortium international sur la privatisation et la marchandisation de l’éducation. Les objectifs de ces réseaux sont de promouvoir la réflexion, le débat et la mobilisation face à l’inquiétante augmentation des acteurs privés dans l’éducation.

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