La loi sur l’économie sociale et solidaire en Tunisie, une victoire collective

Elle était particulièrement attendue par les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. La loi qui vient d’être votée pour favoriser ce secteur est une victoire pour les partenaires du programme concerté pluri-acteurs (PCPA) Soyons Actifs/Actives cofinancé par l’Agence Française de Développement, que coordonne Solidarité Laïque.

En 2011, les tunisiens exigeaient la dignité sur le plan politique, mais également en matière de de développement. Depuis, les projets d’économie sociale et solidaire se multiplient, capables de concilier créations d’emplois décents, développement durable dans les territoires et démocratisation du système économiques.  En 2015, les partenaires de Solidarité Laïque du programme Soyons Actifs/actives ont souhaité s’engager sur l’accompagnement de projets pilotes en la matière, mais également sur l’élaboration d’une politique publique soutenant ces acteurs. La première étape consistait en l’adoption d’une loi sur l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Elle vise à soutenir les activités fondées sur le principe de solidarité et d’utilité sociale mises en œuvre par les coopératives, mutuelles, associations, fondations. En Tunisie, où les inégalités sont encore criantes entre zones rurales et urbaines, le développement de ce secteur constitue un véritable pilier pour agir. Parole aux acteurs membres du PCPA Soyons actifs/actives.

 

Cette loi sur l’économie sociale et solidaire peut constituer une partie de la réponse aux problèmes de chômage en Tunisie, notamment chez les jeunes.”

 

Souad KHALLOULI, membre du programme « Soyons actifs/actives » et coordinatrice des projets ESS à l’UGTT, premier syndicat en Tunisie, à l’origine de la proposition de loi.

 

“L’essor de l’économie sociale et solidaire pourrait permettre, à terme, une croissance économique durable et inclusive. Et des dizaines de milliers de personnes pourront en profiter. Nous en sommes donc convaincus : cette loi sur l’économie sociale et solidaire peut constituer une partie de la réponse aux problèmes de chômage en Tunisie, notamment chez les jeunes. En soutenant des structures d’artisanat local, des coopératives agricoles, des associations pour les personnes en situation de handicap, ce secteur constitue un vrai potentiel et un remède durable contre l’accroissement des inégalités. Le secteur public et le secteur privé n’arrivent pas à créer des services qui répondent aux besoins des personnes les plus vulnérables. L’économie sociale et solidaire constitue le bon cadre pour les acteurs qui souhaitent agir. Et pourtant, ce secteur ne constitue actuellement que 1 % du PIB en Tunisie, ce qui est très peu ! ”

 

La diversité des acteurs réunis dans ce collectif, syndicats, collectivités, associations, est ce qui a rendu possible cette loi, si déterminante pour l’avenir du pays.”

 

Nassreddine AYOUNI, Coordinateur du bureau Solidarité Laïque Tunisie à Sidi Bouzid-et référent ESS du Programme Soyons Actifs/actives

“ En Tunisie, les zones rurales sont impactées de plein fouet par les inégalités et pourtant beaucoup d’initiatives fleurissent. Il y avait un vrai besoin de faire connaître l’Economie Sociale et Solidaire auprès des décideurs, de leur faire comprendre quel est le potentiel de ce secteur pour la Tunisie. Cette loi est l’aboutissement d’un travail au sein du programme Soyons actifs/actives qui a pour objectif de réduire les inégalités d’accès aux droits en Tunisie. La diversité des acteurs réunit dans ce collectif, syndicats, collectivités, associations, est ce qui a rendu possible cette loi, si déterminante pour l’avenir du pays. Nous partageons l’idée que l’économie sociale et solidaire est une alternative pour répondre à des besoins auxquels on ne peut pas répondre à travers l’économie classique. La priorité désormais est de rendre cette loi effective : on espère qu’elle va encourager les gens à lancer leur activité dans ce secteur où il y avait un flou juridique auparavant.  Les membres du programme accompagneront les acteurs pour qu’ils se l’approprient. ”

 

 

“ Cette loi est une étape de plus pour construire une économie sociale et solidaire à l’échelle internationale, et faire évoluer nos modèles de développement ”

 

Hayati HASSANI, responsable de projets à l’ICOSI, association de solidarité internationale qui développe des projets à destination des structures de l’ESS, membre et co-coordinateur du pôle ISPESS de Soyons actifs/actives

“ La dynamique de l’économie sociale et solidaire doit être mondiale ! Cette loi est une étape de plus pour construire une économie solidaire et solidaire à l’échelle internationale, et faire évoluer nos modèles de développement. Cela s’est traduit au sein du programme PCPA Soyons actifs/actives par un travail entre acteurs français et tunisiens qui a permis de faire émerger une véritable expertise, avancer, étapes par étapes, à enrichir le contenu de la loi que le programme a proposé et puis à se concerter avec les ministères et députés. On partage tous la même vision, la même conception que ce devrait être l’économie. En France, nous avons déjà un loi régissant ce secteur. On a pu donc mettre à profit ces expériences, souligner les lacunes de notre loi française pour venir en appui des partenaires tunisiens. Certes, la loi tunisienne a mis du temps à être adoptée, mais les acteurs de la société civile ont été largement consultés.  Pour que sa mise en œuvre soit effective, il faut que le gouvernement l’accompagne de dispositifs comme des exonérations pour encourager les gens à se lancer ! “

 

 

 

     

 

 

Solidarité Laïque coordonne depuis 2012 le programme « Soyons actifs/actives » qui vise la réduction des inégalités et l’accès aux droits. Il agit dans trois domaines clefs pour cela : l’éducation, l’insertion socioprofessionnelle/l’économie sociale et solidaire et la démocratie locale et participative. Ce programme fédère désormais près de 80 organisations françaises et tunisiennes, associations, syndicats, collectivités territoriales et pouvoirs publics.

 

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