“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

Racisme systémique
Pour lutter efficacement contre le racisme, il faut déjà en comprendre les fondements, les ressorts. En cette fin de Semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme, nous avons voulu distinguer les différentes formes de manifestation du racisme, pour mieux les endiguer.
“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

« Le racisme se traduit par des propos, des comportements ou des violences à l’égard d’une personne en raison de son origine ou de sa religion vraies ou supposées, c’est-à-dire imaginée à partir de l’apparence physique, de la couleur de peau, du nom de famille ou de l’accent d’une personne, sans que celle-ci ne soit nécessairement de cette origine, ou pratiquante de cette religion. »

*Égalité contre le racisme

En matière d’égalité et de droits humains, il ne peut y avoir de “mais”.

La formule “Je ne suis pas raciste, mais…” suivie d’un préjugé sur une catégorie de personne, utilisée par certain.e.s pour se défendre d’être racistes, renvoie le message opposé. Tout comme l’argument “J’ai un ami Noir / Arabe / Asiatique / Rom…” ou tous ces fameux surnoms “affectifs”, ces “plaisanteries anodines » qui réduisent les personnes désignées à leur couleur de peau ou leur pays d’origine.

Même le terme de “personne racisée”, généralement plutôt favorable aux victimes dans le débat public, induit l’existence d’une certaine “norme raciste”, une norme qui supposerait que la couleur de peau blanche est le référence. 

De façon insidieuse, certains mots du quotidien font ainsi écho à l’idée fausse selon laquelle il existerait une hiérarchie entre les êtres humains, une hiérarchie évidente, que l’on ne pourrait cacher ou nier, puisqu’elle se verrait sur la peau.

“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

« La notion de “racisme ordinaire” recouvre des propos ou actes souvent perçus comme normaux, banals, ou relevant de l’humour. Ce racisme peut être largement inconscient.

Néanmoins, renvoyer sans cesse son interlocuteur.trice à un groupe racialisé en lui rappelant ses “origines”, caractériser ce groupe (“les Noir.e.s”, “les Arabes”, “les Musulman.e.s”) de façon univoque, négativement la plupart du temps, ou de façon folklorique, traduit des manières de voir ou des raisonnements racistes. »

Sylvie Tissot, sociologue, professeure, militante et féministe.

On ne peut pas opposer un acte discriminatoire isolé au racisme institutionnalisé.

Lorsque que l’on se fait insulter ou agresser dans la rue en raison de sa couleur de peau, c’est de la discrimination raciale. C’est condamnable, aussi bien moralement que pénalement.

Mais cela n’impacte pas nécessairement les chances d’avoir accès à un emploi ou à un logement ni les relations avec la police ou l’administration publique. C’est là toute la différence entre un acte et un système.

À titre d’exemple, cette logique s’applique aussi aux violences conjugales subies par des hommes. Aussi abominables et condamnables soient-elles, elles ne peuvent être opposées aux violences faites aux femmes. Leur fondement systémique (supériorité prétendue des hommes dans les sociétés de culture patriarcale), leur fréquence et leur nombre (1 femme meurt tous les 3 jours en France sous les coups de son conjoint ou ex conjoint), font que ces deux phénomènes ne sont pas comparables.

Dès lors, la formule “racisme anti-blanc” dont l’usage-même fait débat, ne peut certainement pas être opposée aux discriminations subies par les personnes non blanches.

Les rapports de domination actuels sont tels que globalement, même si cela peut varier d’une région du monde à une autre, les personnes non blanches, aussi appelées “minorités”, sont les premières victimes du racisme. Et cela se reflète dans l’organisation de la vie économique, culturelle et politique des sociétés contemporaines.

“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

« Le racisme systémique induit des comportements discriminatoires qui ont pour effet de perpétuer les inégalités vécues par les personnes victimes notamment en matière d’éducation, de revenus, d’emploi, d’accès au logement et aux services publics. »

*IRIS

Esclavage, colonisation, guerres de territoires…

Le racisme systémique a des origines historiques. 

L’histoire coloniale est trop souvent “adoucie”, “enjolivée”. Les manuels scolaires abordent principalement “ses effets positifs”. Mais qu’en est-il des populations victimes ?

Leur invisibilisation pourrait donner l’impression que les empires coloniaux ont rendu service à des terres auparavant désertes. Pourtant, derrière ces invasions non consenties par les locaux, il y avait déjà cette idée que l’on pourrait se permettre d’asservir, d’imposer sa vision, parce que l’on sait mieux que l’autre.

Cet autre qui, parce qu’il n’a pas le même mode de vie, la même façon de de s’habiller, de manger, de se loger, de prier… aurait moins de valeur. Sur quelles bases les peuples colonisateurs se sont-ils arrogé cette omniscience ?

Si l’on considère qu’il y a “des autres”, on doit aussi se considérer soi-même comme “l’autre des autres”. Et il n’y a aucune raison que « l’autre » soit d’office perçu comme inférieur, comme un ennemi.

Nous ne cesserons de répéter que nous apprenons toute notre vie, les uns avec les autres, les uns des autres.

“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

« La prégnance de biais racistes issus de la période coloniale perdure dans une société qui condamne pourtant ouvertement le racisme.

Cette pensée héritée de l’histoire coloniale crée parfois un sentiment de division entre une identité noire et une identité française marquée par une norme blanche qui les infériorise. »

*Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), 2019

Face au racisme systémique, l’éducation ne suffit pas, il faut aussi une véritable volonté politique.

 

Si l’existence de comportements individuels racistes ou d’une pensée raciste partagée par une partie de la population sont assez facilement reconnus, il semble plus difficile pour les États démocratiques d’admettre leur dimension systémique.

En enseignant les ancrages historiques structurels du racisme, les systèmes éducatifs peuvent contribuer à faire évoluer l’inconscient collectif, les mentalités et les comportements individuels.

Mais c’est aux acteurs.actrices politiques de faire évoluer les institutions vers une réelle égalité entre tous.tes les citoyen.ne.s.

“Ordinaire”, historique, systémique : à quand un monde sans racisme ?

« Souvent, on croit qu’il suffirait d’éduquer mieux les gens, en leur expliquant que les “autres” sont aussi des êtres humains.

Le racisme, ce ne sont pas des questions d’ignorance ou de méconnaissance, mais de rapports de pouvoir. C’est ce qui justifie de traiter de manière inhumaine des êtres humains, tout en continuant à se sentir humain.

À partir de là, on constate que l’enjeu premier, ce sont les politiques, et non les représentations. »

Eric Fassin, sociologue et chercheur.


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